Le chantier du Réseau express métropolitain (REM) file à toute allure, même quand tout le monde dort. Après des travaux nocturnes de forage au cours des dernières semaines, l’entrepreneur NouvLR a procédé à l’installation de rails à la hauteur des gares Mont-Royal et Canora, la nuit dernière. Mais cette fois-ci, le voisinage a été prévenu.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Un mémo a été déposé de porte en porte hier matin dans le quartier qui borde la voie ferrée. C’est là que le train électrique autoguidé de CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt et placement-un projet de 6,3 milliards – traversera la petite ville cossue. En fin d’après-midi, un courriel a permis de faire un rappel aux résidents.

Geneviève Comeau, dont la cour arrière jouxte le chantier du REM, constate que CDPQ Infra a modifié ses façons de faire après avoir reçu récemment plusieurs plaintes, dont les siennes, pour « ne pas avoir cru bon de prévenir la population affectée par le chantier ». Mais Mme Comeau demeure inquiète. Craignant un vacarme comme celui des dernières semaines lors des travaux de forage (deux nuits en deux semaines), elle a pris les grands moyens pour protéger sa petite famille hier soir.

« On a établi un camp de base au sous-sol. On va se coucher plus tôt que d’habitude parce qu’on ne sait pas à quoi s’attendre », a expliqué Mme Comeau.

Lorsque La Presse s’est rendue sur place au début de la nuit dernière, le bruit appréhendé n’avait rien d’alarmant puisque tout se déroulait à bonne distance des résidences. À proximité du chantier, on entendait le frottement du rail sur le sol et le grondement des moteurs des véhicules lourds, mais sans que cela soit assourdissant. L’éclairage était important, mais dirigé vers le sol.

Comme l’a annoncé CDPQ Infra, les travaux consistaient « à prendre les rails et les tirer avec de la machinerie pour qu’ils soient dans l’alignement nécessaire au passage des trains » ; la reprise du service du côté ouest est prévue pour le 21 mai prochain. Or, les conditions météorologiques des dernières semaines ont retardé la séquence des travaux, a expliqué CDPQ Infra.

« À cette étape-ci du projet, cette activité doit exceptionnellement se dérouler la nuit, car elle doit se faire sans alimentation électrique au-dessus des rails (entre 1 h 15 et 4 h 30), pour assurer la sécurité des travailleurs et l’intégrité des infrastructures », indique-t-on dans le mémo aux résidents.

En début de soirée, Geneviève Comeau et des voisins s’étaient rendus au parc Montgomery. Des représentants du REM et de NouvLR étaient sur place pour informer la population de la situation qualifiée d’« assez exceptionnelle ». « On m’a dit qu’il fallait faire les travaux la nuit pour ne pas prendre de retard. Après le forage, on a eu l’espoir d’être écouté, mais de toute évidence, ça n’a pas duré », estime Mme Comeau qui rêve d'un répit alors que les travaux se déroulent sept jours par semaine depuis près d’un an. Geneviève Comeau dit avoir développé un mélange de « colère et d’anxiété » à l’égard du projet du REM dont elle reconnaît, par ailleurs, la valeur pour améliorer le transport collectif dans la région montréalaise.

Deux phases

La première phase du REM s’étend sur 67 km, entre Brossard et Deux-Montagnes, en passant par Mont-Royal. À mi-parcours, deux embranchements sont prévus, l’un devant se rendre à Sainte-Anne-de-Bellevue, et l’autre bifurquant vers l’aéroport Montréal-Trudeau. Une deuxième phase du REM est présentement à l’étude (vers Saint-Jean-sur-Richelieu, vers Laval et vers l’est de Montréal), a annoncé lundi le gouvernement du Québec. Rappelons que le projet du REM n’est pas assujetti aux règles d’urbanisme et au processus habituel d’octroi de contrats publics.