Il y a quelque chose de profondément rassurant dans le rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur la traversée en voiture du mont Royal rendu public hier.

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie La Presse

Le document, que vous devriez aller lire, est pas mal critique de l’administration Plante — et par ricochet de Luc Ferrandez, le grand patron des grands parcs, celui qui croit que le sens interdit et les impasses, comme le jus de radis noir, ont des pouvoirs quasi magiques sur la circulation urbaine — et de leur projet cul-de-sac mis en place l’an dernier.

Ce qui est profondément rassurant, c’est son immense bon sens.

Enfin, se dit-on en le lisant, voilà des gens qui vivent sur la Terre, plus précisément dans la partie de la planète appelée Montréal. 

Voilà des gens qui comprennent que : a) la voiture ne doit plus régner sur le territoire et certainement pas dans les parcs ; b) les automobilistes n’ont pas à déchirer leur chemise pour clamer des droits acquis ; c) traverser un parc en voiture pour gagner du temps, c’est un non-sens. Des gens qui comprennent qu’on est rendus ailleurs.

Mais des gens qui comprennent aussi que placer des blocs de béton un peu partout pour bloquer la circulation automobile, sans autre réflexion sur les objectifs réels qu’on souhaite atteindre, sans autre plan, sans autre stratégie, c’est profondément inintelligent. 

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Dès le début du projet pilote insensé qui consistait à faire du mont Royal un double cul-de-sac en bloquant en son milieu la voie qui le traverse, beaucoup l’ont dit, et l’OCPM l’a entendu encore et encore pendant ses consultations : ce n’est pas de voies sans issue dont la montagne, les piétons, les cyclistes, les Montréalais ont besoin, mais d’un meilleur chemin, plus lent, mieux adapté pour tout le monde, plus intelligent.

Forcer les demi-tours au bout de Camillien-Houde et de Remembrance, selon qu’on arrivait d’Outremont ou de Côte-des-Neiges, n’accomplissait strictement rien. Et les recherches de l’OCPM l’ont démontré clairement. 

Dans la partie adorée des cyclistes de vitesse, sur le flanc nord-est de la montagne, sur le chemin Camillien-Houde, il y avait encore des voitures et encore cette largeur d’autoroute bien bétonnée, bien chauve, invitant à la vitesse avec son atmosphère d’autoroute. D’autant plus qu’il y avait encore et toujours cette cohabitation entre le vélo et l’auto sur les parties rapides les plus dangereuses.

Ensuite, il n’y avait toujours pas d’aménagements pour permettre aux voitures, aux piétons et aux cyclistes d’avoir accès aisément et, surtout, en toute sécurité, chacun à leur façon, chacun selon leur point d’arrivée, au belvédère Camillien-Houde. Et les demi-tours, la source des pires accidents — y compris la tragédie utilisée politiquement par M. Ferrandez pour justifier son projet pilote — , n’avaient pas été éliminés, puisque régnait encore cette confusion sur quand et comment aller vers l’est ou l’ouest une fois aux abords dudit belvédère ou au moment de le quitter. Et ce ne sont pas les nouveaux culs-de-sac qui ont aidé à mettre de la clarté dans tout cela.

En plus, il n’y avait pas de stratégie de la Ville pour plus de transports en commun, pour aider vraiment tout le monde à avoir accès à la montagne. Le projet n’a donc pas du tout atteint le but — si c’était ça — d’augmenter l’accès au parc de ce côté. 

Ensuite, il n’y avait pas de plan pour s’assurer que ni du côté de l’Université McGill ni du côté de l’Université de Montréal, dont les campus sont tous les deux adossés au mont Royal, les étudiants piétons ne soient touchés par l’augmentation de la circulation sur les voies de pourtour – quand on ne peut pas traverser le mont Royal, on le contourne, n’est-ce pas ?

Résultat, et c’est noté dans le rapport, la circulation a nettement augmenté dans ces zones étudiantes, surtout du côté de l’Université de Montréal, au point qu’on a dû installer des dos d’âne sur le chemin montant vers Polytechnique. 

Bref, le projet a apporté de nouveaux problèmes, n’a pas réglé les vieux. Bien des gens se sont énervés. On n’a pas avancé. 

Comme exercice raté, ce fut vraiment raté. Et on savait depuis le début qu’il en serait ainsi.

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Mais ce qui est profondément rassurant dans ce rapport de l’OCPM, c’est qu’il est rempli de ce que les gens ont dit pour vraiment améliorer la situation et affirmer l’amour des Montréalais pour leur parc.

Ce que les gens ont dit, c’est oui à un parc doux et silencieux, sans courses folles de véhicules pressés. 

Oui à un chemin aménagé de la bonne façon pour permettre la cohabitation sûre de tout le monde, qui respecte bien les piétons et les vélos. Oui à de meilleurs accès au mont Royal, lieu de verdure et de calme. Oui à tout ça.

Oui aussi à une meilleure offre de transports en commun pour pouvoir vraiment aller facilement sur la montagne, même quand on n’est ni marathonien, ni marcheur, ni cycliste de course, une offre qui sache inclure efficacement et facilement tout le monde, y compris les personnes à mobilité réduite.

Oui aussi aux personnes qui veulent circuler en voiture, doucement, tranquillement, pour montrer la vue aux touristes en allant d’est en ouest ou vice versa, parce que ça leur chante ou parce que marcher n’est pas possible pour eux, oui à ceux qui veulent amener leurs grands-parents ou leur blonde en fauteuil roulant voir les couleurs en automne ou les oiseaux au printemps, oui aux familles qui arrivent de l’est à sept en fourgonnette et veulent aller à l’ouest avec leurs gros paniers de pique-nique pour faire un barbecue sur la montagne, oui à ceux qui utilisent leur voiture de façon responsable parce que dans leur vie, dans leurs circonstances, ça demeure la meilleure solution.

Dans un monde idéal, on grimperait tous le mont Royal en galopant et en chantant. 

Mais on sait tous, si on a un minimum de bon sens, que ce n’est pas possible. Et que la tâche de notre administration est de tenir compte de la réalité, pas des dogmes, et, sans coup de gueule, de trouver de vraies bonnes solutions.