La société fédérale Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI) va lancer une tournée de « portes ouvertes », à compter de la semaine prochaine, afin de recueillir les idées et les propositions du grand public en vue de la « déconstruction » du vieux pont Champlain, qui sera relevé de ses fonctions cet été après 57 ans de turbulents services.

BRUNO BISSON
BRUNO BISSON La Presse

La date de sa fermeture reste sujette à caution. Des rumeurs ont circulé voulant que le nouveau pont Samuel-De Champlain, qui prendra sa relève, serait ouvert en direction de Montréal le 3 juin, puis en direction de la Rive-Sud deux semaines plus tard. Sur place, une porte-parole d’Infrastructure Canada, qui finance la construction de ce pont de 4,5 milliards, a refusé de confirmer l’information et indiqué qu’on parlait plutôt de la fin de juin.

Quoi qu’il en soit, le pont Champlain commencera à disparaître tranche par tranche d’ici environ un an. « Une opération colossale », affirme PJCCI. Le chantier va durer au moins jusqu’en 2022. La déconstruction (et non la démolition) va coûter environ 400 millions. Il a coûté environ 35 millions à construire en 1962.

Qu’est-ce qu’on fera de ses 250 000 tonnes de béton et de ses 25 000 tonnes d’acier ? Est-ce que des éléments de structure seront réutilisés ailleurs ? Est-ce qu’on conservera une pile dans le fleuve à sa mémoire ? Pourra-t-on s’en procurer un morceau en souvenir ? Est-ce qu’on aura droit à un concert ininterrompu de scies à béton à partir de Brossard jusqu’à L’Île-des-Sœurs durant deux ans ?

Des terrains libérés

Selon l’ingénieure Anne Belhumeur, directrice principale des projets Champlain pour PJCCI, la société va mettre en ligne, le 8 mai, « une analyse environnementale ciblée qui décrit toutes les méthodes possibles de déconstruction. Ça pourrait être le délançage, le démontage, des travaux devraient être faits par barge, d’autres à partir des jetées, et une partie va se faire par camion ». L’étude devrait présenter les impacts de chacune des méthodes analysées sur le milieu, l’environnement, le voisinage et la fluidité de la circulation.

La publication de cette analyse coïncidera avec la première de deux journées d’information « portes ouvertes » sur le projet de déconstruction, prévues les 8 et 9 mai au centre-ville de Montréal. D’autres séances sont prévues le 11 mai à L’Île-des-Sœurs et le 13 mai à Brossard.

Au-delà de ces journées « portes ouvertes », la société PJCCI continuera de consulter les internautes jusqu’au 30 juin afin de recueillir des idées ou des propositions sur la meilleure façon de commémorer la présence du pont actuel ou d’aménager un corridor continu reliant l’île des Sœurs à la Voie maritime.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR PJCCI

La démolition des culées du pont actuel libérera de grands terrains dont la propriété reste fédérale.

En effet, la démolition des culées du pont actuel libérera de grands terrains dont la propriété reste fédérale, dans l’île des Sœurs et la digue de la Voie maritime. Ces espaces pourraient être mis en valeur et reliés entre eux par l’estacade du pont Champlain, qui sera conservée. Des terrains seront aussi libérés en bordure du fleuve du côté de Brossard. Que pourrait-on en faire ? Les idées sont attendues.

Sept week-ends de bouchons sur le pont Jacques-Cartier

La société responsable des infrastructures de transport fédérales de la région de Montréal ne chômera pas en 2019-2020. La directrice principale par intérim de PJCCI, Sandra Martel, a rendu publiques des projections d’investissements de 274 millions pour la prochaine année, dont plus de 45 % seront consacrés au vieux pont Champlain.

C’est toutefois sur le pont Jacques-Cartier que les automobilistes devront composer le plus souvent avec des cônes orange. La circulation sera réduite à une seule voie par direction au cours de sept fins de semaine, d’ici à la mi-août. De nombreuses fermetures ponctuelles, de nuit ou de week-end, sont aussi prévues.

Le pont et toutes ses approches seront entièrement réasphaltés au cours de l’été, et des travaux de peinture et d’entretien des structures sont prévus pendant l’été. Le coût de ces travaux d’entretien est estimé à 87 millions pour 2019-2020.

Mme Martel a souligné l’importance de réasphalter entièrement le pont et ses approches dès cette année, dans l’attente du prochain grand chantier routier de la métropole, celui du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui doit commencer l’an prochain. La circulation pourrait être sérieusement perturbée durant quatre années entières.

« Le pont Jacques-Cartier va être fortement sollicité pendant les travaux au tunnel La Fontaine, a affirmé l’ingénieure. En prévision de ces travaux, on doit avoir une surface de roulement et un pont Jacques-Cartier en état acceptable pour les cinq prochaines années, au moins. »