Alors qu'il faut attendre près de cinq ans pour obtenir un appartement dans un HLM à Montréal, quelque 260 appartements gérés par l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMHM) sont en si piètre état qu'ils sont inoccupés, une situation qui dure depuis parfois plusieurs années.

Katia Gagnon LA PRESSE

Dans le seul quartier Côte-des-Neiges, près de 68 logements sont vacants dans les immeubles de l'OMHM : 50 des 80 logements situés dans cinq immeubles de l'avenue Barclay sont vacants, et 18 autres situés avenue Walkley, connus sous le nom d'Habitations Chester, sont dans la même situation.

Certains de ces immeubles sont non seulement inoccupés, mais aussi en ruine. C'est le cas des 5060 et 5080, avenue Barclay, où l'on retrouve 14 logements. Les escaliers extérieurs sont rongés par la rouille, le mortier s'est totalement effrité entre les briques, à tel point que certains murs menacent de s'effondrer; une clôture de sécurité ceinture d'ailleurs l'immeuble. Un coup d'oeil à l'intérieur montre des plafonds défoncés par des dégâts d'eau. Aucun locataire ne vit à ces deux adresses depuis quatre ans.

«L'état de dégradation de l'immeuble est très avancé», note Annie Lapalme, qui oeuvre à l'Organisation d'éducation et d'information sur le logement (OEIL) de Côte-des-Neiges. «Nous avons fait plusieurs appels à l'OMHM pour nous enquérir de ces immeubles [...], mais nous n'avons jamais eu de réponse. Nos familles de Côte-des-Neiges qui sont évacuées à cause de l'insalubrité auraient bien besoin de ces HLM!»

«L'immeuble est abandonné»

Vigneshuwaran Kanagaratham, un homme de 58 ans originaire du Sri Lanka, vit dans un autre de ces immeubles fantômes situés sur l'avenue Barclay. Son épouse et lui sont les seuls locataires d'un immeuble de sept logements, que l'OMHM promet de rénover depuis des années. L'air froid entre de partout dans son logement l'hiver. Signe d'une infiltration d'eau dans les murs, il y a de la moisissure autour de plusieurs fenêtres.

«L'immeuble est carrément abandonné. Il nous arrive d'avoir des cafards dans notre nourriture!»

Au cours des cinq dernières années, ses voisins ont tous déménagé. Mais M. Kanagaratham est aveugle. Il a passé 22 ans dans ce logement dont il connaît les contours comme sa poche. Il hésite à quitter son chez-soi.

Ruskin Thambithurai vit depuis dix ans dans l'immeuble voisin avec son épouse. Il reste cinq locataires dans un immeuble de sept logements. Dans son logement, la fenêtre ferme difficilement, tant le mur de brique est abîmé, et le plancher accuse une pente descendante prononcée.

«L'OMHM dit que l'immeuble est vieux, il y a des problèmes de plomberie. Ils disent qu'ils vont rénover, qu'on va pouvoir déménager bientôt. Mais ça fait trois ans qu'ils disent ça... En attendant, le concierge vient, il répare les petits problèmes, mais pour les choses importantes, la réponse c'est qu'il n'y a pas d'argent.»

«C'est un complexe immobilier qui a besoin de grandes rénovations», indique Mathieu Vachon, porte-parole de l'OMHM. On a eu des problèmes de vétusté importants, notamment en raison de contaminations fongiques. Nous avons déplacé les gens, on leur a offert de déménager. Mais certains locataires sont très attachés à leur quartier et veulent rester dans Côte-des-Neiges. S'ils sont encore là, c'est parce qu'ils tiennent à rester dans le quartier.» M. Vachon affirme que les travaux sur les immeubles de l'avenue Barclay commenceront l'an prochain.

Deux immeubles, deux destins

Mais comment expliquer l'état dans lequel se retrouvent ces immeubles, qui datent des années 50, comme des centaines d'autres à Montréal?

«On a de grands besoins dans nos immeubles et les Habitations Barclay en sont un excellent exemple. Ces rénovations impliquent de refaire totalement l'immeuble et exigent des budgets importants», affirme M. Vachon.

L'an dernier, l'OMHM a obtenu 84 millions de Québec pour entretenir son parc de 21 000 HLM. Or, les besoins, a calculé l'Office, s'élèvent à 150 millions seulement pour cette année.

Claude Dagneau, qui a oeuvré à l'OEIL de Côte-des-Neiges pendant des dizaines d'années, n'accepte pas cette explication. M. Dagneau a vu l'OMHM prendre possession des immeubles sur l'avenue Barclay au début des années 90. La Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), organisme d'économie sociale qui achète et rénove des immeubles, a procédé à des achats au même moment dans la même rue. Or, les immeubles appartenant aux deux organismes, tous deux construits en 1950, ont eu des destinées bien différentes.

«Les travaux réalisés sur les immeubles de l'OMHM ont été bien plus importants au départ. Les murs ont été complètement dégarnis. On a tout refait. À la fin, c'était comme neuf. Et 30 ans plus tard, les immeubles de la SHDM sont en bien meilleur état! Pourquoi? Parce qu'ils ont été bien entretenus. Ils ont fait des réparations. Ceux de l'OMHM sont à l'état de ruine. Comment justifier une telle situation? À mon avis, c'est indéfendable. Il est clair qu'il y a eu de gros problèmes d'entretien de ces immeubles.»

Pour lui, l'Office municipal est carrément laxiste dans la gestion de l'entretien de ses immeubles. «Les gens réclament des HLM. En campagne électorale, les politiciens en promettent des nouveaux. Mais il faudrait commencer par remettre en état ceux qui sont vacants!»

En date de vendredi dernier, 22 948 personnes étaient en attente d'un HLM à Montréal.