Alors que l'impatience des usagers ne cesse de croître dans la banlieue nord de la métropole, les autorités responsables des transports en commun dans la grande région de Montréal ont promis de présenter d'ici Noël les premières «mesures à haut niveau» pour compenser la perte du train de banlieue de Deux-Montagnes, à partir de 2020.

Mis à jour le 19 sept. 2018
Bruno Bisson LA PRESSE

Des opposants au futur Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que des utilisateurs du train de banlieue se sont donné rendez-vous ce matin, devant le siège social de la Caisse, pour manifester leur inquiétude sur l'avenir des services à court terme, et leur ras-le-bol face aux conditions de déplacement quotidiennes en «classe sardine».

Depuis le printemps, les travaux de construction du futur REM ont entraîné une série de restrictions de service sur la ligne de Deux-Montagnes, naguère le vaisseau amiral du réseau de trains de banlieue de la métropole. Tous les services de week-end ont d'abord été abolis. Au début de l'été, la perte définitive de l'une des deux voies ferrées utilisées par cette ligne a compromis la fiabilité du service, en plus d'entraîner l'élimination de quatre départs quotidiens entre le centre-ville de Montréal et la banlieue.

Et à partir de 2020, la liaison sera définitivement coupée entre la gare du Ruisseau, au nord de Montréal, et la gare Centrale, au centre-ville, jusqu'à la mise en service du REM, prévue en 2022.

Pour Christine Thoraval, résidante de Saint-Eustache qui travaille au centre-ville de Montréal, cette nouvelle a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : elle a décidé de déménager.

Elle en discutait déjà depuis quelque temps avec son conjoint, qui travaille lui aussi au centre-ville de Montréal. Pour eux, pas question de voyager en automobile et de perdre des heures dans la congestion routière de plus en plus intenable dans la couronne nord. Le train était la solution aux déplacements quotidiens, malgré la dégradation des services, les cabines de plus en plus bondées et le stress devenu presque quotidien d'arriver en retard.

«Mais quand on a eu la nouvelle [de la fermeture de la ligne en 2020], ça nous a scié les jambes pour de bon. On s'est dit : "On part." On vient de vendre la maison et on s'en va sur la Rive-Sud», dit-elle en entrevue à La Presse.

Entassés comme des sardines

Sur la page Facebook du Mouvement/Rally Train Deux-Montagnes, les témoignages d'usagers exaspérés par le manque de fiabilité des horaires et la détérioration des services sont nombreux. Les photos d'usagers entassés comme des sardines sur les quais et dans les trains aussi.

L'achalandage du train de banlieue de Deux-Montagnes a fondu «de 6% à 7%» à la rentrée d'automne en raison des nombreux retards et problèmes de service causés par les travaux de construction du futur REM.

Lors d'un point de presse, mardi, des représentants du réseau exo, responsable des trains de banlieue, de l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et du Bureau de projet du REM ont réitéré l'invitation lancée aux usagers, le mois dernier, pour qu'ils utilisent des services alternatifs de transport mis en place à la rentrée.

Ces solutions de remplacement à la ligne Deux-Montagnes fonctionnent-elles? Mardi, ni la porte-parole d'exo, Caroline Julie Fortin, ni le représentant de l'ARTM, Simon Charbonneau, n'ont pu fournir de données quant au succès de ces mesures d'atténuation. Ils ont aussi refusé de tirer des conclusions quant au comportement des usagers perdus sur la ligne de Deux-Montagnes.

Le changement des habitudes de déplacement des usagers des transports collectifs peut prendre plusieurs mois, selon M. Charbonneau.

Le porte-parole de l'ARTM a indiqué qu'au moins 14 500 personnes s'étaient prévalues, à ce jour, des réductions de tarifs de 30% offertes aux usagers réguliers du train de Deux-Montagnes pour compenser la diminution des services et l'impossibilité d'assurer la fiabilité des heures de départ et d'arrivée des trains, en raison des travaux en cours dans l'emprise de la ligne.

À elle seule, cette réduction des tarifs accordée aux détenteurs de cartes mensuelles et annuelles pour le train de banlieue de Deux-Montagnes devrait coûter 12,6 millions par année au gouvernement du Québec.

D'autres mesures de «haut niveau» doivent être annoncées «d'ici les Fêtes» afin de compenser l'interruption des services de transports collectifs entre la gare Centrale et la gare du Ruisseau prévue à partir de 2020.