Le maire de Laval Marc Demers est condamné, avec le président de son parti ainsi que le Mouvement lavallois, à verser 7500 $ avec intérêts à l'ancien conseiller municipal Pierre Anthian pour diffamation.

Kathleen Lévesque LA PRESSE

Dans un jugement rendu public mercredi, la Cour du Québec donne raison à M. Anthian, qui s'est dit « soulagé ». Ce dernier avait engagé une poursuite civile contre son ancien chef politique pour atteinte à sa réputation à la suite de la diffusion d'un communiqué de presse.

Il réclamait 29 900 $ à Marc Demers, à Anthony Giosi et au Mouvement lavallois. La juge Julie Messier lui accorde 7500 $ en tenant compte du fait qu'il avait entretenu une certaine confusion.

En 2016, le maire Demers et son parti ont diffusé un communiqué de presse pour se dissocier des « manigances » de M. Anthian, qui venait de recevoir une mise en demeure d'un organisme d'aide aux sans-abri, l'Accueil Bonneau. Ils dénonçaient la « cynique exploitation de la détresse humaine » ainsi que la manipulation de la « sympathie des gens à des fins personnelles » de M. Anthian.

L'Accueil Bonneau s'inquiétait que « les gens donnent de l'argent à la Chorale sous les Étoiles [dirigée par M. Anthian] en croyant qu'ils donnent à l'Accueil Bonneau » puisque M. Anthian avait également fondé la Chorale de l'Accueil Bonneau, explique la juge Messier dans sa décision.

Le maire Demers s'est engagé mercredi à payer les 7500 $ exigés « afin de mettre un terme à cette situation malheureuse ». « Nous respectons la décision de la juge. Cette dernière reconnaît toutefois la faute de Pierre Anthian et soutient que nous étions justifiés d'indiquer que nous nous dissocions de lui dans l'utilisation du nom de l'Accueil Bonneau puisqu'il s'agissait plutôt de la Chorale sous les Étoiles », a indiqué M. Demers.

« JE PEUX RÉCUPÉRER MA RÉPUTATION »

De son côté, Pierre Anthian n'a pas caché sa satisfaction devant cette victoire. « Je peux récupérer ma réputation. Il y a des projets qui sont en attente parce que des gens pouvaient avoir des doutes sur mon intégrité. C'était intenable », a-t-il ajouté, en soutenant avoir perdu son poste de conseiller municipal de Laval-des-Rapides à cause de cette histoire, lors du scrutin de novembre dernier.

Selon M. Anthian, la façon de faire de la politique du maire Demers, « en plantant des coups de poignard dans le dos », le rattrape. La crise politique qui a réduit Marc Demers au statut de minoritaire au conseil municipal, le mois dernier, en est le reflet, croit-il.

« On ne peut pas baser une démocratie sur le mensonge, le ressentiment, la haine et les tricheries », a affirmé Pierre Anthian. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'il entend réagir formellement à ce qui s'est déroulé au cours du procès et qui n'est pas ressorti dans le jugement.

En effet, le communiqué diffusé en 2016 était une réaction officielle à un article publié par le Courrier Laval, ont plaidé M. Demers et ses coaccusés devant le tribunal. À la barre des témoins, l'ancien attaché de presse du maire, François Brochu, a affirmé sous serment avoir pris connaissance de la situation en lisant l'hebdomadaire.

Or, le Courrier Laval a révélé que c'est le cabinet du maire Demers qui l'avait informé de la mise en demeure contre M. Anthian deux semaines auparavant. Le courriel de la mairie ne comportait « aucune mention de confidentialité », précisait-on.

« Je vais porter plainte », a affirmé mercredi Pierre Anthian.