Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports du Québec (MTMDET), André Fortin, a durement blâmé Mobilité Montréal et son propre ministère, hier, pour la pagaille qu'ont vécue des milliers d'automobilistes, cette semaine, lors de la mise en place d'un important chantier au pont Honoré-Mercier.

Publié le 29 juin 2018
Bruno Bisson LA PRESSE

Après une rencontre de travail avec des maires de la MRC de Roussillon, en banlieue sud-ouest de la métropole, hier matin, le ministre a critiqué sans détour les méthodes de communication « un peu bureaucratiques » et « désuètes » des deux organismes, qui n'ont pas permis aux populations concernées de connaître les options de transports qui s'offraient à elles avant le début des travaux majeurs prévus jusqu'au 20 août.

« Il y a des mesures de mitigation en transports collectifs qui ont été planifiées, mises en place et qui étaient disponibles pour la population, a-t-il affirmé. Elles fonctionnent bien. Si les gens ne se sont pas tournés vers ces solutions-là, c'est que la communication n'a pas été aussi claire qu'elle aurait dû l'être. »

« Si on veut que ces mesures-là remplissent leur rôle et qu'elles aient un effet, a-t-il ajouté, il faut les communiquer au début des travaux, ou une semaine avant. On demande à des citoyens, essentiellement, d'abandonner leur auto et d'opter pour les transports collectifs. »

« Mais si les gens n'ont jamais pris les transports en commun, a-t-il poursuivi, s'ils ne les connaissent pas, il faut expliquer où ils peuvent les prendre, ça coûte combien, quel sera le temps de déplacement. Après trois jours très difficiles, je pense que les gens comprennent que ça prend moins de temps pour se rendre à Montréal en autobus ou en train de banlieue qu'en automobile. » 

« Si les mesures avaient été mieux communiquées, elles auraient eu un impact sur la congestion, cette semaine. Les heures de pointe se seraient mieux passées. » - André Fortin, ministre des Transports du Québec

SIX MINUTES EN BUS, UNE HEURE EN AUTO

Depuis mardi, l'« heure » de pointe dure toute la journée, au pont Mercier, qui relie la banlieue sud-ouest à Montréal. Le MTMDET a entrepris de grands travaux de réfection qui ont forcé la fermeture complète de la travée ouest du pont. Jusqu'au 20 août, sur ce pont « normalement » utilisé par 75 000 véhicules par jour, la circulation se fera à contresens sur une chaussée de largeur réduite (3,2 mètres) et sur une seule voie par direction.

Un chantier d'une telle importance aurait dû obtenir une plus grande publicité de la part de Mobilité Montréal et du Ministère, estime le ministre. Le choc a été terrible, mardi matin. On a enregistré des retards de 75 à 90 minutes pour traverser le pont en direction de Montréal.

Pour entrer à Montréal, la circulation refoulait jusqu'à trois ou quatre kilomètres du pont sur les approches des routes 132 et 138, à Kahnawake. Pas en période de pointe. Toute la journée.

En direction de la Rive-Sud, en pointe d'après-midi, il fallait compter jusqu'à 20 ou 25 minutes pour franchir les deux kilomètres séparant l'échangeur Saint-Pierre et le tablier du pont Mercier. Mais pour se rendre jusqu'à l'échangeur Saint-Pierre, la file d'attente a atteint, à un certain moment, presque sept kilomètres de longueur, jusqu'au rond-point Dorval.

Pendant ce temps-là, des autobus partant de Châteauguay se rendent à destination, à Montréal, avec seulement six minutes de retard par rapport à leur temps de déplacement habituel sur le même parcours. Mais ils sont vides, a déploré M. Fortin.

« Il y a de la place dans les trains de banlieue, il y a des centaines d'espaces libres dans le stationnement incitatif de Sainte-Catherine », a-t-il ajouté.

« Le processus de communication de Mobilité Montréal pour les chantiers et travaux publics et celui du Ministère apparaissent comme un peu bureaucratiques, désuets. » - André Fortin, ministre des Transports du Québec

« On communique une liste de nombreux grands chantiers à venir, et une liste de mesures de mitigation qu'on prévoit implanter, jusqu'à plusieurs mois d'avance. Mais c'est au moment où le chantier commence qu'il faudrait parler directement aux citoyens, pour leur rappeler les options de transports disponibles. On ne prend pas le temps de le faire », a-t-il poursuivi.

PONT INTERDIT, PONT GRATUIT

Le ministre Fortin a aussi annoncé une autre mesure importante, hier, dont l'impact financier est difficile à quantifier. Il a ainsi acquiescé à la demande de plusieurs municipalités de la banlieue d'interdire la circulation des camions, en périodes de pointe du matin et de l'après-midi, sur le pont Mercier.

En contrepartie, a-t-il dit, « on va permettre la circulation gratuite pour les camions sur le pont à péage de l'autoroute 30 pendant les heures de pointe ».

Selon lui, de 5 % à 8 % de la circulation en périodes de pointe, sur le pont Mercier, est composée de poids lourds. Cela pourrait représenter plusieurs centaines de passages de camions chaque jour. Les modalités de ce péage gratuit restent à déterminer sur ce pont qui relie les deux rives du Saint-Laurent, entre Salaberry-de-Valleyfield et Vaudreuil-Dorion, à 35 kilomètres à l'ouest du pont Mercier.

Au tarif actuel du pont à péage de l'A30, le conducteur d'une remorque ordinaire de 16 mètres (53 pieds) roulant sur sept essieux paierait 14,70 $ pour chaque passage.

Le président de l'Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux, s'est dit satisfait de cette gratuité temporaire. À deux reprises, dans le passé, l'ACQ a demandé à des prédécesseurs de M. Fortin d'accorder ce privilège aux véhicules lourds pour réduire le camionnage de transit dans un parc industriel de Valleyfield ou pour contourner un autre chantier du pont Mercier. Québec avait dit non les deux fois.

« On ne sait pas encore quand ça va être mis en place, a dit M. Cadieux. Il faut impliquer la Sûreté du Québec, le contrôle routier, l'affichage de l'information aux douanes de Lacolle, les panneaux à message variable dans les directions territoriales du Ministère. Le Ministère dit que ça va être prêt mardi matin. »

Il y a trois ans, rappelle M. Cadieux, la société fédérale Les Ponts Jacques-Cartier et Champlain avait aussi effectué des travaux majeurs durant tout un été, sur le pont Mercier. Ses représentants avaient rencontré l'ACQ et des membres influents de l'association.

« Résultat, dit M. Cadieux, on connaissait les chemins de détour qu'ils ont aménagés en raison du chantier plusieurs mois d'avance. On a pu les diffuser à nos membres. Ils ont même accepté de modifier les plans pour faciliter les virages des plus grands camions. »

En comparaison, cette fois-ci, il y a eu des annonces publiques de la réalisation de ces travaux, « mais on dirait que ça a passé sous le radar, estime-t-il. Le message n'était pas assez percutant. On ne nous a même pas dit que ça pourrait être un problème ».