Les stations BIXI ne sont pas près de lever l'ancre. À l'aube d'une «importante expansion» du territoire couvert par son système de vélo en libre-service, Montréal ne compte pas prendre le virage «sans ancrage» vu aux États-Unis et en Chine.

Mis à jour le 7 juin 2018
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Peu après son arrivée en poste, l'administration Plante a demandé aux gestionnaires de BIXI d'étendre le territoire desservi. Celui-ci couvre actuellement 95 km2, principalement au coeur de l'île. Aussi desservi, Longueuil a également manifesté la semaine dernière son intention d'étendre le territoire couvert.

Le directeur général de BIXI Montréal, Christian Vermette, a d'ailleurs confirmé mercredi qu'une «expansion assez importante doit être annoncée prochainement».

Mais on n'envisage pas pour le moment de miser sur les vélos sans ancrage qui pullulent aux États-Unis et en Chine. Ces montures sont dotées d'un système de verrouillage qui permet de les laisser n'importe où, éliminant la nécessité d'aménager des stations d'ancrage.

BIXI dit ne pas être convaincue par cette technologie. «Ce que nous favorisons, c'est un système bien ordonné, facilement contrôlable, soit le système actuel avec des points d'ancrage», a indiqué M. Vermette.

Populaires, mais efficaces?

Le virage sans ancrage a fait doubler le nombre de vélos en libre-service en 2017 aux États-Unis. Pas moins de 22 systèmes sans ancrage ont vu le jour l'an dernier, tandis que cinq systèmes avec stations ont pris de l'expansion en intégrant des vélos sans ancrage.

Ces systèmes sans ancrage gagnent rapidement en popularité en raison de leur coût nettement plus faible, les Villes n'ayant pas à acheter de stations d'ancrage. Lors de la faillite de BIXI en 2014, on avait appris que Montréal avait payé 36 000 $ pour chacune de ces bases d'attache.

BIXI dit garder à l'oeil les développements technologiques dans l'industrie du vélopartage, mais affirme que les systèmes sans ancrage n'ont pas encore fait leurs preuves. Les usagers ont tendance à abandonner leur vélo n'importe où, ce qui encombre les trottoirs. «Ce qu'on a pu constater, c'est que ce sont des systèmes chaotiques. Si on veut de l'ordre dans une ville comme Montréal, ce n'est pas ce que nous recommandons», poursuit M. Vermette.

L'absence d'ancrage pourrait aussi contribuer à un plus grand éparpillement et à une utilisation moindre. L'Association américaine des responsables municipaux des transports (NATCO) évalue que bien qu'ils représentent 44% des vélos en libre-service offerts, ceux-ci ont représenté à peine 4% des déplacements.

Chaque vélo sans ancrage aurait été utilisé en moyenne 0,3 fois par jour. En comparaison, chaque BIXI est utilisé en moyenne 5,6 fois par jour à Montréal.

De plus, les vélos sans ancrage sur le marché auraient aussi tendance à se briser facilement. Seattle a récemment avisé les usagers que des vandales avaient coupé les câbles actionnant les freins sur de nombreuses montures. BIXI est au contraire connue pour la solidité de ses vélos. Les responsables disent perdre en moyenne 9,6 vélos par an, soit 0,2% de leur parc.

L'administration Plante dit appuyer BIXI dans sa décision de conserver les stations. «Clairement, quand on fait la comparaison d'un système où les vélos traînent sur les trottoirs et une occupation bien ordonnée et aux endroits stratégiques, on fait le constat que notre système est meilleur», dit Éric Alan Caldwell, élu responsable des transports au comité exécutif.