Une des promesses majeures de l'ex-maire Michael Applebaum, celle de ne plus geler les budgets des arrondissements, a été jetée aux orties par son successeur, Laurent Blanchard.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Les responsables des 19 arrondissements, ainsi que ceux des services centraux, ont en effet reçu l'ordre le mois dernier de déposer des budgets gelés pour l'an prochain. C'est la mairesse de l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Anie Samson, qui a révélé cette consigne lors de l'assemblée du conseil municipal qui s'est tenu lundi.

«M. Blanchard, lorsque vous avez été élu cet été, dans votre discours, vous avez dit que vous étiez pour assurer une gestion quotidienne jusqu'au 3 novembre sans engager la nouvelle administration, a rappelé Mme Samson. De quel mandat vous avez eu le droit de couper dans chacun de nos arrondissements?»

Elle estime que ce gel représente un manque à gagner de «un à deux millions» par arrondissement.

Une indexation de 200 millions

Ce geste de l'administration Blanchard vient annuler un pan important de la réforme du financement des arrondissements, présentée en juin 2012 par le président du comité exécutif de l'époque, Michael Applebaum. Après avoir gelé leurs budgets entre 2009 et 2012, on leur a alors promis une indexation selon l'indice des prix à la consommation. Cette hausse automatique équivalait à un cadeau de 18 millions par année aux arrondissements.

L'autre volet de la réforme, soit de permettre aux arrondissements de toucher 10¢ par 100$ d'évaluation en 2014, n'a pas été modifié.

Le maire Laurent Blanchard a expliqué ce gel par le fait qu'il ne voulait pas forcer la main de la future administration. «Intellectuellement, il aurait été malhonnête de proposer une indexation qui aurait creusé un trou financier de près de 200 millions. Ce n'est pas un héritage que nous voulons léguer à la prochaine administration. Celle-ci fera ses choix.»

La présidente du comité exécutif, Josée Duplessis, a renchéri: indexer les budgets obligerait le nouveau maire à hausser les impôts fonciers. «Nous ne nous trouvions pas dans une position pour faire ça. Si l'ensemble des représentants des partis veulent se positionner maintenant pour dire qu'on veut augmenter les taxes, on fera le débat. Faites un budget indexé, et ça veut nécessairement dire que l'administration suivante devra augmenter les taxes des citoyens.»

Pas un sou pour la politique familiale

La mairesse Samson est revenue à la charge en qualifiant d'«indécent» le fait que l'administration de coalition profite des circonstances «pour faire des promesses électorales». Elle a donné en exemple la Politique de fidélisation des familles annoncée la semaine dernière. «Très belle politique. On engage 135 millions jusqu'en 2017. Est-ce que ça, on appelle ça gérer la Ville de façon responsable? J'en doute fort.»

Mme Duplessis a dû convenir que cette politique familiale ne coûtera en fait pas un sou à la Ville. «Il n'y a pas d'argent supplémentaire. C'est juste un mandat.»