Montréalais d'abord, ils n'ont pas l'accent de Saint-Léonard, ont grandi dans un monde multiple et leur origine n'est repérable que dans leurs patronymes. De jeunes urbains nous parlent de leur italianité.

Publié le 5 août 2013
SYLVIE ST-JACQUES ET JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE LA PRESSE

Misstress Barbara 37 ans, DJ.

En spectacle avec son Misstress Barbara Band le 16 août, dans le cadre de la Semaine italienne.

Q. Définissez votre italianité.

R. Je suis 100% Italienne. Je suis née en Sicile, ma mère est de Rome et mon père est de Palerme et ils ont fondé leur famille en Italie. Quand je suis arrivée ici, à l'âge de 8 ans, je ne parlais pas français, puisque ma langue maternelle est l'italien. Ensuite, en travaillant et en voyageant, j'ai peaufiné mon anglais.

Q. Quel lien entretenez-vous avec la communauté italienne de Montréal?

R. Un lien très indirect. Ma mère est propriétaire de la Librairie italienne, donc je passe par là de temps en temps. Je ne suis pas quelqu'un de très "communauté": ça fait 17 ans que je voyage partout et que je ne suis presque jamais ici. C'est tout le contraire de ma mère qui, en se réveillant le matin, se branche sur la radio italienne de CFMB qu'elle écoute jusqu'à midi, quand ça devient grec!

Q. Que pensez-vous de l'Italie aujourd'hui?

R. Étant Italienne, je peux me permettre de critiquer l'Italie, mais je trouve ça plate quand d'autres le font, puisque des dettes, tous les pays en ont. Oui, c'est le chaos, ce n'est pas «droit, droit», mais c'est peut-être ce qui fait le charme de l'endroit. Autrement, ça ne serait pas l'Italie, ça serait la Suisse. Je reviens d'un voyage de deux semaines là-bas et à l'aéroport de Rome, il y avait une petite famille de Norvégiens qui ne savait pas où remettre la voiture, parce qu'évidemment, ce n'était pas indiqué. Je suis partie à rire en essayant de les aider et leur ai dit «inquiétez-vous pas, c'est juste que l'Italie n'est pas organisée comme la Norvège».

Q. Écoutez-vous de la musique italienne? Si oui, des suggestions?

R. J'écoute surtout de la musique des années 80, la même que celle que j'aimais quand j'étais petite, avant de déménager ici. Claudio Baglioni, Adriano Celentano, Ornella Vanoni, Luca Battisti...

Gabriel Riel-Salvatore 34 ans, directeur de rédaction au magazine Panoramitalia, tirage de 50 000 exemplaires

Q. La culture italienne, ça se perd chez les jeunes?

R. Oui, mais ce n'est pas si clair.

Ce qui se perd, c'est l'attachement au village d'origine. Ça ne veut pas dire qu'on ne se considère plus comme italiens. C'est une nouvelle forme d'identité qui se développe.

Q. Quel genre d'identité?

R. Aujourd'hui, un jeune ne dira plus qu'il est de tel ou tel village. Il va dire qu'il se considère comme italo-canadien. Les frontières tombent. Mais il s'intéresse toujours à l'Italie. Par la mode, le design, l'architecture, la nourriture, les voyages, le soccer. C'est plus ostentatoire. Certains vont chercher à reproduire les traditions, comme faire leur vin. Mais ils ne sont pas nombreux.

Q. Alors, Italiens ou Québécois?

R. Autant l'un que l'autre. On est fortement conscients qu'on vit ici. On a les valeurs d'ici.

On s'en rend compte quand on va en Italie:

on nous appelle les Americanos! Personnellement,

j'ai vraiment les pieds dans les deux mondes.

Mais je me considère avant tout

comme un Montréalais.

Q. Et la langue? La parlez-vous encore?

R. Ils disent tous qu'ils la parlent, mais je dirais qu'ils la comprennent plus qu'ils la parlent. Moi, mon père était prof de littérature italienne. Il nous a toujours forcés à parler l'italien. Aujourd'hui, j'ai une fille de 4 ans et je lui parle chaque jour en italien. Quand il me manque des mots, je sors mon iPhone et je prends mon traducteur. Comme ça, j'apprends moi aussi!

Photo David Boily, La Presse

Gabriel Riel-Salvatore