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Union Montréal disparaît

Richard Deschamps... (Photo: Olivier PontBriand, archives La Presse)

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Richard Deschamps

Photo: Olivier PontBriand, archives La Presse

Après avoir régné pendant 11 ans, le parti de l'ex-maire Tremblay, Union Montréal, se saborde.

Le chef du parti, Richard Deschamps, l'a confirmé cet après-midi en point de presse. «Sans refaire l'histoire, les divers témoignages entendus à la commission Charbonneau au cours des derniers mois ont atteint de plein fouet et ont érodé l'image de marque d'Union Montréal, a-t-il déclaré. J'annonce que les élus actuels d'Union Montréal ont convenu et décidé de remettre en bloc leur démission en date d'aujourd'hui.»

La décision a été prise ce midi à l'issue d'une longue réunion de la vingtaine d'élus que comptait encore le parti. Ils étaient 67 au lendemain des élections de 2009. La conférence de presse a d'ailleurs commencé avec une demi-heure de retard. L'ex-chef reconnaît que la plus récente vague de démissions cette semaine lui a forcé la main. «J'ai dû en tenir compte. Allais-je être le dernier dans le parti? Ç'a été très difficile : plusieurs d'entre nous étaient à l'origine d'Union Montréal. C'est comme si on prenait 12 ans de votre vie et qu'on le mettait derrière vous.»

À quatre reprises lors du point de presse, il s'est décrit comme «réaliste et pragmatique» pour expliquer cette dissolution. Il n'a pas voulu se mouiller quant à l'avenir politique des derniers élus d'Union Montréal, notamment de la possibilité qu'ils se joignent à Denis Coderre, qui devrait annoncer sa candidature à la mairie le 16 mai prochain. «À partir d'aujourd'hui, tout le monde reprend sa liberté. Ils vont avoir des choix à faire.»

Fermer les livres

L'argent toujours dans les coffres du parti sera versé, après paiement des dettes et «s'il en reste», au fonds consolidé de la Ville. Selon les plus récents états financiers, au 31 décembre 2012, le parti disposait de 645 627$.

Cet argent aurait pu servir à la réélection des derniers élus d'Union Montréal, a noté M. Deschamps. «Nous considérons, dans le contexte actuel, que notre intégrité personnelle et que notre crédibilité valent bien plus que toute somme d'argent cumulée au sein d'un parti politique.» Il soutient que ces fonds ont été amassés dans «des activités légales de financement depuis 2009».

Le parti sera dissous en bonne et due forme en collaboration avec le Directeur général des élections du Québec, «qui aura la responsabilité ultime de fermer les livres du parti». On ignore ce qu'il adviendra du statut de participant d'Union Montréal devant la commission Charbonneau, représenté par Me Michel Dorval.

Un règne de 11 ans

L'ex-chef du parti a tenu à saluer la contribution «positive non négligeable au développement économique, culturel, social, durable et démocratique» de sa formation à la vie montréalaise.

«Au lendemain des fusions forcées, nous avons dû littéralement bâtir une nouvelle ville. Nous avons réussi à trouver un équilibre pour réduire et apaiser les tensions.»

Même s'il se défend d'être amer, M. Deschamps n'a pu s'empêcher de déplorer le peu de considération qu'on accorde aux réalisations de son ex-parti. Il déplore que des élus, «malgré des années de sacrifices, finissent par être salis personnellement». Il a présenté ses derniers conseillers comme ceux «qui ne sont pas partis» : «Nous sommes restés, nous n'avons trahi personne.»

Mais Union Montréal n'a-t-il pas été l'artisan de son propre malheur? lui a-t-on demandé. Il a fermement réfuté cette possibilité. «Ne voyez dans ce geste (la démission en bloc) aucune admission que c'était tout croche. Il y a eu des vérifications officielles, il n'y a jamais eu une accusation portée. Il n'y a aucune preuve, il y a des individus qui ont à assumer certains gestes. Depuis 8 ou 10 mois, on écope pour des gestes qui ont été posés par d'autres.»

Les porte-parole des deux autres partis ont ironisé sur cette dissolution, qui survient moins d'une semaine avant l'entrée en scène prévue de Denis Coderre. «Vous voyez bien cette mouvance politique se diriger vers M. Coderre, a dit Marc-André Gadoury, de Projet Montréal. On n'a pas fait table rase du passé : ils ne font que changer la tête, la façade, avec Denis Coderre.»

Elsie Lefebvre, de Vision Montréal, a déclaré que cette annonce marquait la fin de «10 années de corruption qui ont terni l'image de Montréal». Elle estime que les ex-élus d'Union Montréal n'ont fait que «se donner une virginité politique temporaire» avant de s'associer à Denis Coderre, dont l'arrivée constitue «une mauvaise nouvelle» pour la métropole. «Coderre, Gérald Tremblay, Union Montréal, même combat», a-t-elle tranché.

Avec ce nouveau brassage, les 14 élus de Vision Montréal, le parti de Louise Harel, forment officiellement la majorité au conseil municipal. Projet Montréal, dirigé par Richard Bergeron, avec ses 10 élus, hérite du titre d'opposition officielle.

D'une victoire à l'autre

L'Union des citoyens et citoyennes de l'île de Montréal, qui allait devenir Union Montréal en 2007, a été fondée le 26 août 2001. Elle est notamment issue de la fusion de l'ex-parti de Jean Doré, le Rassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal (RCM), et de la Coalition démocratique de Montréal (CDM).

Son premier président, Abe Limonchik, avait été président du RCM pendant cinq ans et conseiller du quartier Côte-des-Neiges pendant 12 ans.

À ses premières élections, en novembre 2001, le parti récolte 41 des 73 sièges du conseil municipal. Gérald Tremblay est élu avec une majorité de 49,11 % des voix.

En 2005, après la tourmente des défusions, le maire Tremblay est reporté au pouvoir avec 53,7% des voix. Son parti récolte 81 des 103 sièges.

En 2009, Gérald Tremblay remporte une lutte à trois avec 37,9% des voix, à peine 5% de plus que Louise Harel. Son parti rafle cependant une confortable majorité de conseillers, soit 67  sièges sur 103, dont 39 sur 65 au conseil municipal.

La débandade a commencé au lendemain de la démission de Gérald Tremblay, le 5 novembre 2012. Déçu de ne pas avoir été choisi par son caucus comme successeur du maire, Michael Applebaum quitte le navire le 14 novembre, suivi de cinq autres conseillers d'Union Montréal. Les départs se sont ensuite succédé jusqu'à aujourd'hui, alors qu'il ne restait plus, en début de journée que 23 élus au parti, dont 10 au conseil municipal.




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