Une juge de la Cour supérieure accuse la Ville de Montréal et la Fraternité de policiers de «nuire à l'intérêt de la justice» et de faire obstruction inutilement et depuis des mois à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, dans le but d'empêcher toute discussion publique sur les mécanismes de sécurité des armes à feu des policiers.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

«Comment s'expliquer qu'une enquête qui a débuté en mai 2009 pour faire la lumière sur les circonstances entourant une affaire d'une grande importance pour la société soit interrompue depuis février 2011 pour débattre d'une question dont le sérieux et le caractère réfléchi ne sautent pas aux yeux?», écrit la juge Danielle Grenier.

Menace pour la sécurité

Depuis plus de deux ans maintenant, l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva est en veilleuse parce que les avocats de la Ville de Montréal et de la Fraternité des policiers tentent d'empêcher qu'on aborde publiquement les mécanismes de sécurité des étuis des armes à feu des policiers. Les parties estiment qu'un débat public sur cette question constituerait une menace pour la sécurité des agents et du public en général.

Le coroner André Perreault a accepté d'entendre parler de la question en octobre 2010, parce qu'il considère le sujet essentiel à sa compréhension de l'événement. Il a imposé une ordonnance de non-publication lorsque la question sera abordée. Insatisfaits, la Ville et les policiers se sont tournés vers les tribunaux afin d'infirmer la décision et obtenir un huis clos.

Selon la juge Grenier, qui a entendu la cause, cette demande est une perte de temps. Dans une décision rendue hier, elle écrit qu'«il est primordial que le débat devant le coroner se fasse publiquement».

La magistrate est furieuse par rapport aux retards engendrés par la demande. Non seulement le débat sur les étuis ne durera vraisemblablement qu'une journée, mais les mécanismes de sécurité sont déjà longuement expliqués sur internet, note la juge. «L'intérêt de la justice est en jeu».