Coup de théâtre à l'hôtel de ville de Montréal. Le directeur général, Guy Hébert, s'est fait montrer la porte, hier, par le maire Michael Applebaum. Ce dernier soutient que le plus haut fonctionnaire de la Ville a agi à son insu et a manqué de jugement en demandant le remplacement du chef de police Marc Parent.

Mis à jour le 18 mars 2013
Karim Benessaieh et Denis Lessard LA PRESSE

À peine 14 mois après sa nomination - et trois décennies à assumer des mandats difficiles à la Ville de Montréal -, le directeur général Guy Hébert a connu son Waterloo. À la demande du maire Michael Applebaum, il a remis sa démission, hier en fin de journée, après que le ministère de la Sécurité publique l'eut contredit en confirmant qu'il avait demandé le remplacement du directeur du service de police, Marc Parent.

«S'il reste, la tension à l'hôtel de ville est insupportable, a expliqué le maire en point de presse. Il est allé trop loin dans ses questionnements sur Marc Parent.» Il maintient que son directeur général a agi à son insu.

Guy Hébert, qui avait nié ces faits en bloc hier matin, «dit qu'il n'a pas menti», a précisé le maire. «Il m'a dit qu'il n'avait pas demandé la démission de M. Parent, mais qu'il est allé trop loin dans ses questions en discutant même de son remplacement.  Ça n'a pas été fait à ma connaissance, jamais. Ce n'est pas dans ses responsabilités de faire ça.»

Il a tenu à saluer la contribution de M. Hébert, qui est entré à la Ville en 1982 et a multiplié les mandats de «redressement», dont la direction de la Société d'habitation et de développement de Montréal après le scandale du Faubourg Contrecoeur, en 2008. «Il a bien géré ses services. Malheureusement, il a fait une erreur de jugement.»

Il n'a pas été possible de parler à M. Hébert.

Non de Québec

La démission du directeur général est tombée quelques heures seulement après que le cabinet du ministre de la Sécurité publique a confirmé qu'il avait demandé que le gouvernement du Québec remplace Marc Parent. «Il a fait un coup de fil au sous-ministre Martin Prudhomme. Ce dernier a consulté le ministre Stéphane Bergeron et la réponse a été négative», a confirmé à La Presse Jacqueline Aubé, attachée de presse du ministre Bergeron.

Le ministre doit d'ailleurs confirmer cette démarche, vraisemblablement demain, à son arrivée à l'Assemblée nationale. M. Hébert «a demandé le remplacement de M. Parent, ce qui a été refusé», a précisé une source proche de cet échange à Québec. On indique en coulisse que M. Hébert avait quelques récriminations sur les «façons de faire, la performance et la gestion» du chef de police, mais qu'il n'a pas mis en évidence de fautes importantes nécessitant un congédiement.

M. Hébert n'avait pas d'exemples précis et cherchait à savoir si, dans l'éventualité où la Ville obtenait le départ de M. Parent, le gouvernement du Québec nommerait un successeur.

La Loi sur la police prévoit que, dans le cas de Montréal, le chef de police est choisi par le ministre de la Sécurité publique. Des sources fiables indiquent par ailleurs à La Presse que ce coup de fil est survenu assez récemment, il y a environ un mois.

Depuis l'automne, une partie de bras de fer est en cours entre le directeur Hébert et M. Parent. M. Hébert voulait se débarrasser de Marc Parent à la tête du Service de police de la Ville de Montréal, parce que celui-ci s'était intéressé à l'attribution d'un contrat de plus de 40 millions pour les radios des patrouilleurs, a révélé La Presse la semaine dernière.

Une faute «impardonnable»

C'est Jean-Yves Hinse, directeur du capital humain, qui assume l'intérim depuis hier. Le maire Applebaum a annoncé qu'il reviendrait à la prochaine administration, qui sera élue à l'issue des élections de novembre 2013, de choisir son directeur général. M. Hinse est devenu le neuvième grand patron de la Ville depuis 2001.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a qualifié ce dernier épisode d'«extrêmement désolant, mais pas si surprenant». «C'est l'ère Tremblay qui, tranquillement, tombe en morceaux.» Il a réitéré sa confiance en Michael Applebaum et estime «plausible» qu'il n'ait pas été avisé des démarches de son directeur général.

«Jamais je n'aurais imaginé qu'un directeur général mente au maire, au conseil. C'est impardonnable.»

La démission de Guy Hébert, selon la chef de l'opposition Louise Harel, «était la seule chose à faire». «La confiance n'était plus là», assure la chef de Vision Montréal, qui a été la première, en milieu d'après-midi, à réclamer cette démission.

En matinée, de retour de vacances, Guy Hébert avait nié en bloc le fait qu'il avait tenté d'obtenir le limogeage du directeur Parent. Selon lui, les informations parues vendredi dernier dans La Presse, selon lesquelles il souhaitait se débarrasser de M. Parent, n'étaient que «des rumeurs», «une campagne de salissage» menée par la Fraternité des policiers, en particulier son président, Yves Francoeur.