Réduire le nombre de collectes de déchets est une entreprise périlleuse. Les élus du Sud-Ouest et de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve l'ont appris à leurs dépens, l'an dernier, si bien qu'ils prévoient faire quelques ajustements dès le printemps, a appris La Presse.

Mis à jour le 26 févr. 2013
Catherine Handfield LA PRESSE

Depuis octobre, les camions à déchets ne passent qu'une seule fois par semaine dans l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Quelques mois plus tôt, en avril, l'arrondissement du Sud-Ouest a également réduit ses collectes de deux à une par semaine.

Les élus des deux arrondissements disent avoir fait ce choix d'abord pour inciter les citoyens à recycler davantage. Selon les objectifs de la Ville, le taux de recyclage, qui était de 53% en 2010, doit atteindre 80% d'ici à 2019. La réduction du nombre de collectes d'ordures comporte aussi un avantage économique: Mercier-Hochelaga-Maisonneuve prévoit économiser 600 000$ par année, et le Sud-Ouest, 350 000$.

Or, la transition ne se fait pas sans heurts.

Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, les regroupements de commerçants des rues Sainte-Catherine et Ontario ont exprimé leur mécontentement l'automne dernier dans une lettre aux élus. Annie Martel, propriétaire du bistro In Vivo, s'est retrouvée du jour au lendemain avec deux fois plus de sacs à ordures à entreposer. Comme elle n'a pas de terrain, elle a dû construire une chambre froide dans son restaurant.

Des citoyens se sont adaptés au nouvel horaire, mais d'autres ne s'y font pas, comme Bernard Shank, qui habite rue Ville-Marie. Lors du passage de La Presse, cinq gros sacs à ordures et un vieil aspirateur traînaient devant chez lui. «Je ne peux pas les mettre en arrière, parce que les chiens les déchirent, a-t-il dit. Qu'est-ce qu'on va faire, cet été, avec les odeurs et les animaux?»

Le maire de l'arrondissement, Réal Ménard, de Vision Montréal, juge «légitimes» les craintes de ses citoyens. «On reconnaît que, pour certaines saisons et dans certains secteurs, ça peut être problématique», dit-il.

Cet hiver, l'arrondissement a confié à son directeur général le mandat de trouver des solutions. Le maire songe à ajouter une deuxième collecte du mois de juin jusqu'à la fête du Travail. Il souhaite également trouver une solution pour les marchands et les écoles, en leur offrant, par exemple, une deuxième collecte. L'éco-quartier Hochelaga entend proposer la tenue d'une collecte de résidus alimentaires sur les artères commerciales.

Un avis partagé

Benoit Dorais, maire du Sud-Ouest, convient lui aussi que le changement a provoqué certains «ratés», notamment aux alentours des immeubles résidentiels de l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMH), où il y a une forte densité de population.

L'OMH songe à installer, d'ici cinq ans, des bacs à demi enfouis sur dix sites dans le Sud-Ouest. En plus d'avoir étendu la collecte verte à tout le territoire, l'administration de Benoît Dorais mettra sur pied au printemps un projet-pilote pour récolter les résidus alimentaires dans un secteur de l'arrondissement. «Je ne veux pas que les gens revivent un été comme ils ont vécu l'année passée», dit Benoît Dorais, de Vision Montréal.

La conseillère d'arrondissement Sophie Thiébaut, élue dans le Sud-Ouest sous la bannière de Projet Montréal, juge les mesures prévues «insuffisantes». «On n'a pas permis aux citoyens de réduire leurs déchets à la source, déplore-t-elle. Quand il va recommencer à faire chaud, ça fera comme l'été passé: des citoyens ne pourront utiliser leur cour ou leur jardin à cause des odeurs et on aura des problèmes avec des animaux.»

Selon Mme Thiébaut, le Sud-Ouest devrait aussi ajouter une collecte pendant l'été en attendant d'offrir aux citoyens une collecte de résidus alimentaires. Elle cite en exemple l'arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie, qui remplace de façon graduelle la deuxième collecte de déchets par une collecte de résidus alimentaires sur son territoire.

«Dans une optique de développement durable, c'est contre le méthane qu'il faut se battre», souligne-t-elle.

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Les gens se tournent vers le recyclage

Les citoyens sont plus enclins à recycler lorsqu'on réduit les collectes de déchets. Dans l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, où les collectes de déchets sont passées de deux à une par semaine en janvier 2011, la quantité de matières recyclées a augmenté de 25% entre 2010 et 2011 (de 7115 tonnes à 8922 tonnes).

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1063 constats d'infraction dans le Sud-Ouest

Signe que des citoyens du Sud-Ouest n'ont pas respecté le nouvel horaire de collecte de déchets, les inspecteurs de l'arrondissement ont remis en 2012 un total de 1063 constats d'infraction à la réglementation concernant la propreté et la collecte des déchets. C'est plus du double que l'année précédente (420).