Ébranlé de se savoir dans la ligne de mire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), le maire Michael Applebaum s'est défendu, lundi, d'entretenir des liens avec un promoteur de son arrondissement que la police associe au crime organisé.

Mis à jour le 15 janv. 2013
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Il assure ne pas être intervenu pour que l'homme d'affaires Tony Magi bénéficie en 2005 d'une importante subvention pour l'un de ses projets immobiliers.

Le maire intérimaire de Montréal a rencontré plusieurs médias, lundi, pour réaffirmer qu'il n'a rien à se reprocher malgré les informations «sérieuses» que l'UPAC aurait reçues sur sa possible intervention dans de douteuses transactions immobilières. Surpris de voir ces informations faire surface, M. Applebaum a dit que «quand vous prenez des décisions, vous ne pouvez pas faire plaisir à tout le monde». «Il va toujours y avoir des gens qui s'opposent à moi et veulent me critiquer, et ça fait partie de mon travail d'élu», a-t-il ajouté.

Michael Applebaum croit que les doutes des policiers pourraient avoir été éveillés par les nombreux projets immobiliers menés par Tony Magi dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG), l'arrondissement qu'il dirigeait avant de remplacer le maire Gérald Tremblay. Ce promoteur a été arrêté en 2010 pour possession illégale d'une arme à feu. Il a survécu miraculeusement à une tentative de meurtre en août 2008, quand un tireur a ouvert le feu sur sa voiture, le blessant grièvement. Trois ans plus tard, c'était au tour de sa femme de survivre à un attentat similaire.

Les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont également constaté la présence de Tony Magi à quelques reprises dans certains repaires du clan Rizzuto, dont le club Consenza. Le promoteur a de plus brassé des affaires avec Nick Rizzuto fils, qui a été assassiné en décembre 2009, tout juste devant un projet immobilier réalisé par Tony Magi. Ce projet avait reçu une subvention de 3,4 millions de la Ville de Montréal pour que 160 de ses quelque 200 unités soient à prix abordable.

Subventions

En entrevue à La Presse, Michael Applebaum a assuré ne pas être intervenu dans ce dossier, ce que confirme le directeur de l'urbanisme de CDN-NDG, Daniel Lafond. Les deux ont expliqué que Tony Magi a sondé l'arrondissement en 2004 avec un important projet de condos nécessitant un changement de zonage, afin de construire plus haut que la limite permise. Devant un refus, le promoteur a finalement retiré sa demande pour s'adresser à la ville centre, avec laquelle il a conçu un projet prévoyant une majorité de logements abordables et respectant le zonage.

Le promoteur a ainsi reçu une subvention de près de 20 000$ pour chacun des 160 logements abordables. Pour réduire les coûts de construction, la Ville a accepté que les fils électriques ne soient pas enterrés. De plus, Montréal a payé 30% du prix pour aménager l'avenue Wilson, soit une aide de 290 000$.

Puisque aucun changement de zonage n'a été nécessaire, Michael Applebaum affirme ne pas avoir eu son mot à dire et que tout le projet, subventions comprises, a été géré par la ville centre. Les documents municipaux retrouvés par La Presse indiquent simplement que l'arrondissement de CDN-NDG a autorisé l'aménagement d'égouts dans l'avenue Wilson, le 2 mai 2005. Cette date coïncide avec les visites de Tony Magi au Consenza filmées par la GRC, à la fin du mois d'avril 2005.

Michael Applebaum dit se rappeler trois autres projets présentés par le promoteur dans CDN-NDG. Le maire dit que, loin de les approuver, il s'est opposé à chacun d'eux.