Demandes de démission du maire, opposition officielle accusée de blanchiment d'argent, conseillers qui quittent leur siège pour dénoncer «un cirque minable». Comme prévu, la première assemblée du conseil municipal de Montréal depuis les révélations de Lino Zambito et Gilles Surprenant a donné lieu à une véritable foire d'empoigne, lundi.

Mis à jour le 23 oct. 2012
Karim Benessaieh LA PRESSE

L'administration du maire Gérald Tremblay a réellement mis le feu aux poudres en déposant quatre motions destinées à lutter contre la corruption et la collusion. L'opération a été dénoncée par la leader de l'opposition officielle, Anie Samson, qui y a vu «une tentative de se refaire une virginité politique» après 10 ans de laisser-aller.

En signe de protestation, les 10 élus du parti de la deuxième opposition, Projet Montréal, ont quitté la salle dès l'ouverture du débat, qualifié de «mascarade» par le chef, Richard Bergeron.

«Ce cirque minable ne nous intéresse pas, a-t-il expliqué en point de presse. On va laisser les deux vieux partis corrompus se salir l'un l'autre.»

Selon le leader d'Union Montréal, Marvin Rotrand, ces motions étaient plutôt dictées par «l'intérêt public, pas l'intérêt partisan».

Le parti du maire a cependant essuyé une défaite inattendue d'entrée de jeu, quand sa première motion a été jugée irrecevable par le président du conseil, Harout Chitilian. Elle demandait à la commission Charbonneau de se pencher sur les dernières années de l'administration Bourque, à partir de 1994, accusée de «blanchiment d'argent par l'entremise de prête-noms».

Le président Chitilian a précisé ressentir «un très grave malaise» que cette accusation de blanchiment, «infraction criminelle punissable de 10 ans d'emprisonnement», soit incluse dans une motion. Il l'a rejetée, ce qui a forcé le leader du parti, Marvin Rotrand, à promettre une version expurgée le mois prochain.

Vision Montréal a profité de l'occasion pour demander, encore une fois, la démission de Gérald Tremblay pour cette motion «abusive». Le maire a été ferme dès le début de la séance: «Je le répète encore une fois, je ne démissionnerai pas.»

»Un festival de l'humour»

La deuxième motion proposait d'«appuyer l'administration Tremblay pour tous les gestes qu'elle a posés et continue de poser dans la lutte à la corruption et à la collusion». Elle a été accueillie avec dérision par les conseillers de l'opposition présents, ceux de Vision Montréal. «Il y a un méchant front de troupeau de boeufs à présenter ces motions», a déclaré Réal Ménard, maire de l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Cette motion sera «reprise dans différents festivals de l'humour, a prédit la chef de l'opposition, Louise Harel. C'est tellement risible que ça n'a pas de sens.» Fort de sa majorité, le parti du maire a obtenu son adoption, par 35 voix contre 15.

Le vent est quelque peu tombé avec la troisième motion, qui demandait le renforcement de la Loi visant à combattre la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction (loi 35). On souhaite que cette nouvelle mouture de la loi soit présentée dès la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, fin octobre. Même si la porte-parole de Vision Montréal, Chantal Rouleau, a reconnu être «mal à l'aise» avec certains aspects de la déclaration, l'opposition officielle l'a appuyée.

Pour la quatrième motion, qui concerne le financement des partis politiques municipaux, le parti du maire a accepté de reporter le vote «à une phase ultérieure», à la demande de Vision Montréal. Le parti de l'opposition voulait ainsi dénoncer «l'improvisation suspecte» entourant cette motion apparue vendredi dernier.

Union Montréal veut participer

En fin de journée, le parti du maire, Union Montréal, a par ailleurs annoncé avoir demandé le statut de participant à la commission Charbonneau. Selon l'ex-entrepreneur Lino Zambito, 3% de la valeur des contrats accordés allaient dans les coffres du parti municipal au pouvoir depuis 2001. Le maire Tremblay ainsi que tous les responsables d'Union Montréal ont vigoureusement nié ces allégations. Dans un communiqué publié hier, le parti considère qu'il «est en droit, en tant que participant, non seulement de se faire entendre, mais d'avoir accès aux documents que les procureurs de la Commission ou d'un participant entendent mettre en preuve devant la Commission». L'avocat Michel Dorval représentera la formation politique auprès de la commission Charbonneau.