L'administration Tremblay marche sur des oeufs quand il s'agit de Tony Accurso. Visé par deux mises en demeure envoyées par les avocats de l'homme d'affaires, le comité exécutif a tout de même annulé aujourd'hui trois contrats d'une valeur de 18,5 millions.

Publié le 15 août 2012
Karim Benessaieh LA PRESSE

Il lui en a cependant accordé une quinzaine d'autres, d'une valeur approximative de 40 millions, prétextant «l'urgence et la sécurité des citoyens».

Lors d'un point de presse quelque peu confus cet après-midi, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a assuré qu'il n'avait subi «aucune intimidation, aucune influence» dans sa prise de décision. Il a rappelé que la Ville devait accorder pour plus de 580 millions de contrats pour divers projets, notamment la réfection des infrastructures de l'eau, le réseau routier et les «grands projets».

«Intérêts supérieurs»

En ce qui concerne le réseau routier, il a annoncé que tous les appels d'offres pour lesquels le moins-disant proposerait un prix supérieur de 15% aux estimations de la Ville seraient annulés.

Pour les infrastructures de l'eau, on se fiera plutôt à «l'urgence d'agir» et on accordera les contrats selon «les besoins et les intérêts supérieurs des citoyens».

Le maire a cependant été incapable de donner un bilan clair des contrats adjugés et refusés aujourd'hui. Il s'est également défendu de viser une entreprise ou un homme d'affaires en particulier.

Il a annoncé que le comité exécutif, qui siégeait aujourd'hui une semaine après avoir retardé l'adjudication de 14 contrats à la firme Louisbourg SBC, avait reçu deux mises en demeure le menaçant de poursuites.

Ce comité, présidé par le numéro 2 de la Ville, Michael Applebaum, n'a finalement annulé qu'un seul des contrats de cette liste, d'une valeur de 1,8 million, pour la construction d'une conduite d'eau dans la rue Lily-Simon.

Il a fait de même pour un contrat beaucoup plus important mais qui ne figurait pas sur la mise en demeure, qui touche le collecteur d'eau Marc-Aurèle-Fortin, d'une valeur de 14,6 millions et qui avait aussi été remporté par Louisbourg SBC.

Questionnements et malaise

Enfin, un contrat de 12,8 millions pour l'aménagement de la place du Canada, accordé à la firme Terramex, également dans la controverse, a été annulé et fera l'objet d'un nouvel appel d'offres.

Selon Richard Deschamps, responsable du développement économique au comité exécutif, l'attribution de ces deux importants contrats avait fait l'objet de «questionnements et même de malaise» à la commission sur l'examen des contrats, où siègent des conseillers de l'opposition.

Le maire Tremblay s'est dit confiant que ces décisions de son administration n'ouvriraient pas la porte à des poursuites de la part des deux entreprises déboutées. «On a vérifié avec notre contentieux, nous avons passé des heures et des heures avec eux depuis une semaine. Ce sont des décisions réfléchies, prises en fonction de critères précis qui évitent toute poursuite judiciaire.»

Quant aux autres contrats qui ont tout de même été octroyés à la firme de Tony Accurso, évalués à 41 millions pour une quinzaine de contrats selon l'opposition, il les a expliqués par l'importance de terminer certains chantiers avant la fin novembre. «On est critiqués depuis des décennies pour les sous-investissements dans les infrastructures», a-t-il rappelé. Ces travaux sont nécessaires pour «assurer la qualité de vie des citoyens et la sécurité du public», a répété M. Deschamps.

«Manque de colonne»

Le maire Tremblay a réitéré son appel au gouvernement du Québec pour corriger les faiblesses de la loi contre la fraude dans l'industrie de la construction (35). Même si deux de ses entreprises se sont reconnues coupables de fraude fiscale et ont vu leur licence suspendue pendant six mois, Tony Accurso peut obtenir des contrats publics par le biais d'une autre entité, Louisbourg SBC. M. Accurso, qui fait face depuis avril dernier à divers chefs d'accusation, notamment de fraude et complot, n'a cependant jamais été condamné.

Du côté de l'opposition officielle, Réal Ménard, de Vision Montréal, on a dénoncé cette décision «assez mollassonne  et qui manque de colonne» de l'administration Tremblay. «Il devrait envoyer le message que Tony Accurso ne mérite pas la confiance des Montréalais. Le critère du différentiel de prix de 15% n'est pas suffisant.» Sa formation croit qu'il faut «mettre fin au diktat du plus bas soumissionnaire» en refusant de lui octroyer des contrats.

Pour François Croteau, de Projet Montréal, «le maire a carrément eu peur des menaces de Louisbourg». «Il se réfugie derrière l'urgence, derrière le cadre légal, il fait de l'à-plat-ventrisme.» Il suggère à l'administration Tremblay d'imiter ce qu'il fait dans son arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie et de confier les devis et les estimations à ses propres fonctionnaires. «La meilleure façon de se protéger, c'est d'être indépendant des firmes privées qui contrôlent les devis et soumissionnent sur les appels d'offres.»

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Tony Accurso