Le resserrement des règles d'attribution des contrats à la Ville de Montréal aurait réussi à briser la mainmise que semblait détenir un cercle restreint d'entreprises, constate le rapport 2011 du vérificateur général. Ces 21 firmes ont vu la valeur de leurs contrats chuter de moitié l'an dernier - sauf les entreprises de Tony Accurso, dont les affaires sont florissantes.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Dans son rapport 2009, le vérificateur Jacques Bergeron avait constaté que ces firmes qui travaillent principalement dans le domaine de la construction avaient décroché des contrats d'une valeur de 971 millions de dollars depuis 2006, soit 253 millions en moyenne par année. Depuis le resserrement des règles d'attribution des contrats, elles n'en ont obtenu que pour 129 millions en 2011 - la moitié moins. De plus, 5 des 21 firmes qui décrochaient le plus de contrats n'en ont obtenu aucun l'an dernier.

«Je constate une diminution non négligeable de leur quote-part attribuée en 2011», écrit le vérificateur Jacques Bergeron dans son volumineux rapport de 550 pages. Il souligne au passage que la valeur des contrats attribués par la Ville a pourtant augmenté du tiers (35%) durant cette période. «Force est de constater que les mesures correctives mises de l'avant par l'administration municipale et le législateur provincial tendent à porter leurs fruits», conclut le vérificateur.

Tony Accurso s'en sort bien

De ces 21 entreprises, seules celles de l'entrepreneur Tony Accurso (Constructions Louisbourg, Simard-Beaudry Construction et Gastier) ont vu la valeur de leurs contrats augmenter. Entre 2006 et 2009, la valeur de leurs mandats atteignait une moyenne annuelle de 43,4 millions, comparativement à 53 millions en 2011.

Rappelons que l'homme d'affaires a été arrêté et accusé dans le cadre d'une frappe de l'escouade Marteau.

Le vérificateur constate aussi que cinq arrondissements (Montréal-Nord, Pierrefonds-Roxboro, Saint-Laurent, Saint-Léonard et Verdun) continuent d'accorder la majorité de leurs contrats aux mêmes firmes. Cette tendance est toutefois à la baisse puisque, en 2009, il avait observé la même chose dans 11 arrondissements.

Malgré ces constatations du vérificateur, Projet Montréal continue de douter de l'efficacité des nouvelles règles sur l'attribution des contrats. Le conseiller Alex Norris souligne que 3 des 21 firmes sont sur la touche; les entreprises de la famille Catania ont choisi de se retirer des contrats publics et Infrabec a déclaré faillite. «Ça indique que les mesures prises par l'administration Tremblay ne sont pas adéquates», selon l'élu. «Le vérificateur reconnaît qu'on a fait un effort important pour corriger l'octroi des contrats et on va continuer dans cette direction», a souligné Michael Applebaum, bras droit du maire.

Le vérificateur général n'a pu commenter son rapport hier en raison d'un règlement municipal. Après une rencontre avec les élus ce matin, Jacques Bergeron rencontrera la presse cet après-midi pour faire le point.