Promis dans la foulée du scandale de l'espionnage en mai dernier, le réseau informatique indépendant pour l'opposition et le vérificateur général de Montréal est mort et enterré.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Promis dans la foulée du scandale de l'espionnage en mai dernier, le réseau informatique indépendant pour l'opposition et le vérificateur général de Montréal est mort et enterré.

Le maire Gérald Tremblay l'a confirmé hier soir au conseil municipal, lorsque le conseiller François Limoges, de Projet Montréal, lui a demandé si les appels d'offres avaient été publiés. «La réponse est non, a répondu sans détour le maire. Le directeur général n'a pas lancé un tel appel d'offres, on considère que nos réseaux sont sécuritaires.»

Le maire Tremblay a réitéré avec vigueur que les courriels et les communications téléphoniques des élus n'étaient pas interceptés, et qu'ils ne le seraient jamais. «Si pour une raison ou une autre, on en doute, alors ce seront aux différentes personnes de prendre des mesures et moyens pour s'assurer que le réseau va être sécuritaire», a-t-il précisé de façon mystérieuse.

Le 16 mai dernier, en pleine controverse, le directeur général de la Ville, Louis Roquet, avait promis un réseau informatique indépendant de celui de la Ville aux élus inquiets et au vérificateur général, Jacques Bergeron. Coup sur coup, on avait appris que ce haut fonctionnaire ainsi que le président du conseil municipal, Claude Dauphin, avaient vu leurs courriels interceptés sur de longues périodes par le Service du contrôleur général, Pierre Reid.

Entre les deux controverses, le directeur général avait pourtant envoyé une lettre assurant que les courriels des élus ne pouvaient faire l'objet d'une surveillance de la part de fonctionnaires. Il avait cependant ouvert une brèche en précisant que la Ville avait l'obligation d'assister le gouvernement du Québec ou les policiers dans leurs enquêtes.

Pierre Reid a été relevé de ses fonctions en avril. Il a gardé son salaire de 181 000$ pour exécuter des «mandats spéciaux» à la demande de la direction générale et prendra sa retraite en juin prochain. Hier soir, le maire Tremblay a rejeté la demande de l'opposition pour que M. Reid soit sanctionné plus sévèrement.

«Dans le cadre de ses 30 années de service, il a fait un travail exceptionnel pour la Ville, a-t-il plaidé. Il a posé un geste de bonne foi dans l'exercice de ses fonctions. Oublions cet événement; il en a payé le prix.»

La réponse du maire a laissé le conseiller Limoges sur sa faim. «Elle tombe à plat, c'est un peu faible, a-t-il expliqué peu après, en entrevue. On a ici le maire qui, comme souvent, se dégonfle comme un ballon à l'hélium après trois jours. Ce que ça nous dit, c'est que n'importe quel cow-boy peut refaire le coup de l'espionnage à l'avenir. Il n'y a rien de rassurant là-dedans.»

Dessau et la carte électorale

Les deux partis d'opposition ont par ailleurs uni leurs forces pour dénoncer un contrat obtenu par la firme de génie-conseil Dessau. Pour la somme de 46 971$, l'entreprise a gagné un appel d'offres pour la «mise à jour de la division territoriale de la Ville et des 19 arrondissements» en vue des prochaines élections de novembre 2013.

«On sous-traite la démocratie à une compagnie qui s'appelle Dessau, une compagnie qui à ma grande surprise a une spécialité dans la démocratie municipale», s'est insurgée Anie Samson, leader de l'opposition officielle. Le conseiller François Limoges a souligné avec prudence le fait que Dessau a été mêlé à plusieurs controverses. «Je ne veux pas crier au complot. C'est une compagnie qui a un certain historique, qui est un grand donateur à des partis politiques provinciaux et municipaux.»

Ce contrat relève du greffier et non de l'administration Tremblay, a précisé Marvin Rotrand, leader du parti du maire. «Le greffier agit comme président d'élections avec une indépendance totale; c'est lui qui applique la loi.»

La Ville ne dispose pas des ressources à l'interne pour effectuer ce travail, a-t-il précisé, contrairement à Dessau qui a mis sur pied un département de géomatique. «Ça n'implique pas qu'il y aura des changements: il est déjà arrivé qu'il n'y en ait pas ou très peu, a ajouté M. Rotrand. Il y a un processus où les citoyens qui ne sont pas heureux peuvent contester.»

La conseillère Elsie Lefebvre, de Vision Montréal, s'est dite «abasourdie» par la réponse du leader d'Union Montréal. «Ça ne fait aucun sens. On parle de la refonte de la carte électorale, une des assises fondamentales de notre démocratie. Penser que c'est une firme d'ingénierie qui va revoir la carte électorale, ça ne fait aucun sens. Le ridicule tue.»