Pierre Moreau veut «un point de vue unique» sur les réseaux de transport métropolitains.

Bruno Bisson LA PRESSE

Le ministre des Transports du Québec, Pierre Moreau, a avisé hier les dirigeants des grandes sociétés de transports en commun que le temps des «chasses gardées» était terminé. Il souhaite la création d'un organisme «unique» pour mettre en place une «vision globale» des transports routiers et des réseaux de transports collectifs dans la région métropolitaine.

En marge d'une activité de financement pour Transports 2000 Québec, une association de promotion et de défense des usagers des transports en commun, Pierre Moreau a dit hier que son ministère produira, prochainement, une nouvelle politique de mobilité durable. Celle-ci entraînera une refonte du financement et de la gouvernance du transport collectif.

Cette nouvelle politique sera soumise à une «vaste consultation» qui pourrait mener à la création d'une entité semblable à Translink, dans la région de Vancouver, qui supervise l'exploitation des services de transports collectifs dans l'ensemble de cette région, mais qui est aussi responsable du développement du réseau routier, en collaboration avec toutes les municipalités du Grand Vancouver.

«Il faut avoir une vision plus globale des choses, a affirmé M. Moreau. J'ai plusieurs éléments qui existent les uns à côté des autres: les CIT, les OMIT, les sociétés de transport, l'Agence métropolitaine de transport (AMT), la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Il y a un comité sur la mobilité des personnes et des biens et un autre pour la coordination des chantiers fédéraux-provinciaux.»

«Mais est-ce que je ne devrais pas avoir une approche qui soit plus globale de tout ça? demande-t-il. Si je veux que ça fonctionne et que ça circule, il faut avoir un point de vue unique pour être capable de voir où nos interventions seraient le mieux ciblées pour améliorer les choses.»

Faire un peu de ménage

Le ministre Moreau n'est pas le premier représentant du gouvernement du Québec à souhaiter faire un peu de ménage dans la gouvernance des transports en commun.

À sa création, en 1996, l'Agence métropolitaine de transport, mandatée pour exploiter les deux seuls trains de banlieue alors en activité et planifier le développement des transports en commun à l'échelle de la métropole, fut immédiatement vue par les sociétés de transports de Montréal (STM), Longueuil (RTL) et Laval (STL), et leurs administrations municipales respectives, comme une invasion de Québec sur leurs territoires.

Peu après, l'ex-président de la STM, Robert Perrault, devenu ministre de la Métropole, proposait de fusionner ces trois sociétés de transport en une seule entité régionale. Il s'y est cassé les dents. Ses efforts ouvrirent quand même la voie à l'«intégration tarifaire» de 1998 et à la création d'une première grille de tarifs cohérente pour l'ensemble de la région.

Cette grille est aujourd'hui remplie de trous. Selon une compilation de l'AMT, plus de 700 titres de transport différents sont en vigueur dans la région métropolitaine... en même temps.

Agence en crise

Quant à l'AMT, c'est aujourd'hui une agence en crise. Sa direction a été publiquement critiquée par Québec pour le fiasco financier du projet de train de banlieue entre Montréal et Mascouche, qui devait coûter 300 millionsde dollars et qui en coûtera plus du double. Son président, Joël Gauthier, a démissionné il y a un mois. Son successeur n'a pas encore été nommé.

«Le modèle de l'AMT était correct au moment où on l'a créée, mais aujourd'hui, c'est un modèle qui a vieilli, a affirmé le ministre Moreau, hier. Il a offert aux usagers du transport collectif de bons services, dans le passé, mais je pense qu'on est rendu à une autre étape.»

«Dans le contexte de la nouvelle politique sur la mobilité, on doit revoir la question de la gouvernance. Ce que j'ai en tête, c'est non seulement de revoir le mandat de l'AMT, sa composition et son fonctionnement, mais aussi tout ce qui touche au transport collectif dans la grande région de Montréal.»