Le tunnel du mont Royal, dans lequel on prévoit faire voyager 50 000 voyageurs par jour, est tellement étroit dans certains segments que les passagers ne pourraient même pas sortir par les portes latérales.

Karim Benessaieh LA PRESSE

En cas d'urgence, ils devraient sortir par l'avant ou l'arrière des voitures... ce qu'ils ne pourront plus faire avec les nouvelles locomotives bimodes qui bloqueront ces accès.

Le chef de la deuxième opposition, Richard Bergeron, a fait partager cette découverte troublante à tous ses collègues du conseil municipal, hier. Dans un geste plutôt rare, il a fait distribuer un schéma montrant que le tunnel, dans certaines sections, est en fait constitué de deux tunnels distincts. L'espace libre entre le train et les murs est alors d'au plus une vingtaine de centimètres.

«Ça vous dit le potentiel de dangerosité du tunnel du mont Royal dans son état actuel», a déclaré M. Bergeron.

De 20 à 480 millions

Les locomotives bimodes, propulsées à l'électricité et au diesel, peuvent contenir jusqu'à 6800 litres de combustible extrêmement inflammable, a-t-il rappelé. Ouvert en 1918, le tunnel de 4,8 km sous le mont Royal a toujours été réservé aux locomotives fonctionnant uniquement à l'électricité. Cette situation devrait changer dès le printemps prochain, lorsque les premières locomotives bimodes tirant des voitures de deux étages sur la ligne de Deux-Montagnes feront leur entrée.

Le mois dernier, La Presse a révélé que, selon un rapport d'experts commandé par l'Agence métropolitaine de transport (AMT), le tunnel sous le mont Royal ne répondait pas aux normes anti-incendie les plus élémentaires. Un deuxième rapport dévoilé quelques jours plus tard a conclu que le vieux tunnel ne pouvait être rénové pour répondre aux normes actuelles.

«Il y a déjà eu un incendie dans le tunnel du mont Royal qui a fait quatre morts et six blessés en 1946, a rappelé le chef de Projet Montréal. Quant aux fameuses locomotives bimodes que nous avons acquises et que nous allons prochainement mettre en service, trois locomotives similaires ont pris feu à New York en 2000.»

Il a de plus mis en doute la capacité de l'AMT de corriger les problèmes de sécurité du tunnel avec des investissements de 20 millions, comme elle l'a annoncé. «À New York, depuis cinq ans, c'est 480 millions qui ont été mis pour des tunnels semblables mais moins profonds et moins longs que celui du mont Royal.»

Le maire d'accord avec un front commun

Interpellé, le maire Gérald Tremblay a accepté la main tendue du chef de la deuxième opposition. Il a reconnu qu'en matière de sécurité, «il y a du travail à faire par l'AMT, par le gouvernement du Québec et par le conseil municipal». Il a invité son interlocuteur de l'opposition à faire front commun auprès du gouvernement provincial.

«L'important, c'est d'essayer d'être pour une fois unanimes pour demander, de façon très claire, que les investissements soient faits avant qu'une décision finale se prenne. Ou encore, qu'on promette des trains électriques, ce que de plus en plus de personnes veulent.»