Le ministre des Transports du Québec, Pierre Moreau, a dit mardi que les normes de protection incendie nord-américaines ne s'appliquaient pas au tunnel ferroviaire du mont Royal, parce que celui-ci a été construit avant leur adoption.

Bruno Bisson LA PRESSE

La Presse a révélé lundi que le tunnel, vieux de 100 ans, ne répondait pas aux normes 130 de la National Fire Protection Association, selon un rapport d'experts remis en 2007 à l'Agence métropolitaine de transports (AMT).

Long de 4,8 kilomètres, le tunnel n'a pas d'issue de secours, pas de canalisation d'eau et pas de ventilation mécanique. Or, l'AMT a l'intention d'y faire passer des locomotives chargées de diesel, un carburant hautement inflammable, et d'augmenter l'achalandage à 12 millions de passagers par année.

«La norme (NFPA-130) est le standard actuel et reconnu en Amérique du Nord en matière de sécurité dans les tunnels ferroviaires», a indiqué le député péquiste Nicolas Girard, au cours de la période des questions à l'Assemblée nationale.

«Est-ce que le ministère des Transports peut nous indiquer s'il a l'intention d'exiger l'installation de sorties de secours dans le tunnel [du mont Royal]?»

«La norme NFPA-130, elle s'applique aux nouvelles constructions, et on doit rappeler que le tunnel en question est en usage pour les passagers des convois ferroviaires depuis plus de 100 ans, et que cette norme ne s'applique pas au tunnel», a répondu M. Moreau.

Le ministre n'a pas dit s'il avait l'intention d'obliger quand même l'AMT à creuser des sorties de secours. Sans elles, les passagers coincés dans un train en feu au milieu du tunnel seraient obligés de marcher 2,5 km pour arriver à l'air libre. Quatre cheminots sont morts dans ce tunnel en 1946 quand une situation similaire s'est produite.

Le président de l'Association des pompiers, Ronald Martin, a dit que l'arrivée prochaine de locomotives chargées de diesel allait accentuer les risques d'incendie.

«Le Service de prévention des incendies a fait des recommandations au sein du comité où il siège avec l'AMT, Transports Canada, le Canadien National [propriétaire du tunnel] et le Service de police de la Ville de Montréal, a dit le ministre Moreau. Il est faux de prétendre que la sécurité des usagers n'est pas assurée.»

Comment cette sécurité est-elle assurée? a demandé La Presse au cabinet du ministre.

«Les locomotives bimodes [fonctionnant à la fois au diesel et à l'électricité] ne passeront pas dans le tunnel avant le printemps, a répondu Andrée-Lyne Hallé, attachée de presse du ministre, dans un courriel. D'ici là, l'AMT va mettre en place les mesures prévues dans un plan d'intervention qui prévoit une ventilation, une amélioration de l'éclairage, l'installation d'une source d'eau, la préparation d'un plan de mesures d'urgence et l'amélioration des systèmes de télécommunications.»

Le député Nicolas Girard est revenu à la charge avec l'absence d'issues de secours: «S'il y a un incendie dans le tunnel, est-ce que le ministre peut nous indiquer comment les milliers de passagers vont faire pour sortir?»

Le ministre n'a pas répondu à cette question précise.