Le président de l'Association des pompiers de Montréal, Ronald Martin, s'est dit «préoccupé», lundi, par les révélations de La Presse indiquant que des locomotives chargées de diesel pourraient circuler dans le tunnel du mont Royal, dépourvu de toute sortie de secours.

Bruno Bisson et André Noël LA PRESSE

Le chef de Projet Montréal et de la deuxième opposition à l'hôtel de ville, Richard Bergeron, a pour sa part demandé qu'aucune locomotive bimode chargée de diesel ne soit autorisée à emprunter le tunnel du mont Royal, tant qu'il n'aura pas été mis aux normes de prévention des incendies.

Selon un rapport d'experts remis à l'Agence métropolitaine de transport (AMT), le vieux tunnel du mont Royal ne respecte pas les normes de sécurité les plus élémentaires contre les incendies. Actuellement, 48 trains électriques transportant 30 000 passagers empruntent quotidiennement ce tunnel pour relier Deux-Montagnes et la Gare centrale de Montréal.

L'AMT souhaite faire grimper cet achalandage à 50 000 passagers par jour dans des trains tirés par des locomotives «bimodes», pouvant rouler à l'électricité ou au diesel. Ces locomotives passeraient en mode électrique, dans le tunnel, mais elles n'en seraient pas moins chargées de diesel, un carburant hautement inflammable.

Or, indique le rapport d'experts obtenu par La Presse, ce tunnel n'a ni sortie de secours, ni ventilation mécanique, ni canalisations pour combattre les incendies, comme l'exigent les normes du National Fire Protection Association (NFPA).

«C'est préoccupant. Déjà, 30 000 personnes passent là chaque jour, dit M. Martin. S'il arrive juste une panne, et qu'elle survient en plein milieu du tunnel, les personnes devraient rejoindre une des deux issues, à l'entrée ou à la sortie du tunnel», long de 4,8 kilomètres. L'arrivée de locomotives chargées de diesel vient aggraver les risques, ajoute-t-il.

«Il y a longtemps qu'on sait que ce tunnel est en situation limite, même avec des trains électriques, dit M. Bergeron. Mais ajouter 20 000 usagers, avec des locomotives pouvant contenir jusqu'à 6800 litres de diesel dans un tunnel sans issue de secours, c'est complètement irresponsable.»

M. Bergeron, qui a déjà travaillé comme expert à l'AMT, se dit conscient qu'il faudrait investir des centaines de millions de dollars pour mettre le tunnel du mont Royal aux normes. Mais selon lui, c'est le prix à payer «avant que l'on puisse dire à la population, comme institution publique responsable: «Sentez-vous en confiance»».

Le rapport d'expert a été remis à l'AMT en 2007, signale Louise Harel, chef de Vision Montréal et du premier parti d'opposition à l'hôtel de ville. «Cela signifie que les administrateurs de l'AMT sont au courant de la situation depuis plus de quatre ans. Comment expliquer, en de pareilles circonstances, qu'ils aient opté pour des locomotives bimodales pour le futur train de l'Est, en sachant que celui-ci allait emprunter un tunnel qui présente d'importantes lacunes de sécurité.»

Pour Denis Allard, président du Fonds mondial de conservation du patrimoine ferroviaire, le gouvernement du Québec «a manqué une occasion, dans les années 90, lorsque la ligne de train de banlieue de Deux-Montagnes a été remise à neuf».

Selon lui, la décision de ne pas améliorer la sécurité des installations du tunnel actuel ou de ne pas en construire un nouveau peut se comprendre dans le contexte de l'époque, parce que le train de banlieue était mourant, dans les années 90. Avec les ajouts de service projetés par l'AMT, souligne-t-il, «on pourrait facilement faire grimper l'achalandage annuel jusqu'à 20 millions de passagers par année dans le tunnel».

«Sur le plan de l'évaluation des risques, souligne-t-il, ça change complètement les perspectives. En tant que propriétaire du tunnel, le Canadien National est-il prêt à assumer les risques que pose le passage des locomotives bimode dans un tunnel sans protection-incendie?»

L'AMT a publié hier un communiqué en réaction à l'article de La Presse, réitérant que «le tunnel du mont Royal est sécuritaire pour la clientèle» et que le plan de mesures élaboré pour en améliorer la sécurité a reçu l'aval du service de sécurité incendie de Montréal.