Une marche visant à dénoncer l'intervention policière qui a coûté la vie à un sans-abri et un simple passant, mardi, a rapidement dégénéré hier soir au centre-ville. L'unité antiémeute du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est intervenue pour disperser une foule d'environ 300 personnes qui manifestaient dans une ambiance survoltée. Le SPVM rapporte plusieurs méfaits, dont le saccage de trois vitrines rue Sainte-Catherine.

Daphné Cameron et Gabriel Béland LA PRESSE

La manifestation a débuté à 21h à la place Émilie-Gamelin, un parc fréquenté par de nombreux itinérants

de la métropole. Quelques dizaines de manifestants étaient cagoulés ou avaient le visage masqué par un foulard. Selon la police de Montréal, des membres du Black Bloc faisaient partie des protestataires.

«Porcs-flics-assassins: solidarité contre la violence d'État», pouvait-on lire sur la banderole qui ouvrait la manifestation, donnant le ton à ce qui allait suivre.

Vers 22h, des casseurs ont fracassé les vitrines de la Rôtisserie St-Hubert, du café Républik et de la Lunetterie New Look, situés à l'angle de Saint-Urbain et Sainte-Catherine.

À ce moment, l'ambiance a vite dégénéré. «Moi je me pousse d'ici, a dit à La Presse une jeune manifestante. Je suis ici pour dénoncer la mort de deux innocents, pas pour casser des vitres avec des idiots.»

Dix minutes après que la première vitrine eut volé en éclats, des policiers antiémeute ont chargé dans la rue Saint-Urbain. En quelques secondes, la manifestation a été scindée en trois, puis les manifestants se sont tranquillement dispersés. Les policiers étaient toutefois très effacés au début de la marche. Seule une poignée de policiers à motocyclette étaient visibles en tête de la marche. Le SPVM aurait procédé ainsi pour éviter de jeter de l'huile sur le feu ou d'échauffer les esprits.

Le SPVM a rapporté que des clous ont été répandus sur la chaussée à l'intersection des rues Sainte-Catherine et Saint-Denis. Des graffitis ont également été dessinés sur des stations de BIXI. Au moment de mettre sous presse, on ne signalait toutefois aucune arrestation.

Le groupe qui a organisé la manifestation n'a pas clairement été identifié.

Les personnes qui se sont déplacées ne venaient pas toutes dans le but de faire du vandalisme ou du brasse-camarade avec les policiers. Jean-Sébastien Barbeau était là avec sa fillette de 8 ans. Ce préposé aux bénéficiaires qui travaille aux urgences affirme qu'il doit souvent travailler avec une clientèle itinérante aux prises avec des troubles de santé mentale.

«J'ai été indigné toute la journée mardi, depuis que j'ai entendu la nouvelle, ça ne me quitte pas, a-t-il lancé en marchant. Je ne comprends pas comment ils (les policiers) ont pu se rendre à ce point-là, surtout alors qu'ils se trouvaient en supériorité numérique.»

Des itinérants ont aussi participé à la manifestation.

Photo: Bernard Brault, La Presse