La course à la succession de Dominic Taddeo à la tête du Port de Montréal bat son plein et plusieurs noms commencent à circuler, dont celui de l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

La Presse a appris que M. Abdallah fait partie d'une liste de neuf candidats qu'étudie actuellement le conseil d'administration. Selon plusieurs sources, M. Abdallah recevrait l'appui de différents ordres de gouvernement, dont le comité exécutif de la Ville de Montréal, lequel l'aurait même signifié aux principaux intéressés.

«Ce qu'on a dit, c'est qu'on a été satisfait du travail que M. Abdallah a fait pour le redressement de la Ville de Montréal. Alors si c'était le choix du conseil d'administration, à ce moment-là, on serait d'accord», a dit le maire de Montréal, Gérald Tremblay, que La Presse a croisé par hasard hier.

Le nouveau PDG devrait entrer en poste à l'automne. Il prendra les rênes de l'une des plus importantes portes d'entrée du continent nord-américain: plus de 25 millions de tonnes de marchandises ont transité dans le port de Montréal en 2006 seulement.

M. Taddeo, 68 ans, dirige le port depuis 1984. Il avait annoncé il y a quelques mois qu'il prendrait sa retraite à l'automne. L'an dernier, il a reçu un salaire d'environ 400 000$. Il y a quelques années, il dépassait les 600 000$.

La liste des successeurs potentiels de M. Taddeo comprendrait les noms de Jean Mongeau, vice-président des affaires juridiques et secrétaire du Port, et de Patrice Pelletier, de SNC-Lavalin en Colombie-Britannique. Ce dernier aurait l'appui de Dominic Taddeo et pourrait être en bonne posture pour obtenir le poste.

Robert Abdallah, pour sa part, a quitté son poste de premier fonctionnaire de Montréal en juin 2006. Les motifs de son départ n'ont jamais été clairement expliqués. Des sources avaient à l'époque confié à La Presse qu'une mésentente entre lui et le maire avait éclaté à propos du budget. Le maire avait fait savoir que la décision s'était prise à deux.

«Il est parti en bons termes», a récemment affirmé Bernard Larin, porte-parole du comité exécutif de la Ville. M. Abdallah était arrivé en poste en 2003. Ingénieur de formation, il était auparavant directeur principal de la division Projets de construction d'Hydro-Québec.

Décision dans quelques semaines

Le conseil rendra sa décision dans les prochaines semaines, possiblement à sa réunion du 8 août. Il est entendu que la personne nommée par les sept membres du CA entrera en poste à l'automne.

«À ce moment-ci, c'est top secret», a lancé hier Marc Bruneau, président du conseil d'administration du port, à propos des démarches en cours. «Je ne peux rien vous dire parce que le conseil n'a été averti de rien encore. Et le comité de relève fera ses recommandations bientôt. Ça va aller au cours du mois d'août, a-t-il ajouté. À ce moment-là, il devrait y avoir un dénouement.»

Il a convenu que le poste comporte de fortes responsabilités. «C'est un poste très important pour la ville de Montréal, dit-il. Pas loin de 25 000 jobs sont touchés.»

Pressions politiques?

Peut-être pour cette raison, trouver un remplaçant pour le premier dirigeant du port n'est pas une mince affaire. Les membres du conseil doivent évidemment composer avec des volontés ou démarches politiques venues de toutes parts.

Il y a deux mois, par exemple, des employés du bureau du premier ministre Stephen Harper ont suggéré à des administrateurs de «considérer» la candidature de Robert Abdallah. Certains membres du conseil n'auraient pas apprécié la manoeuvre. Depuis son arrivée en poste, par ailleurs, le ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, a déjà nommé trois nouveaux administrateurs.

Tant au bureau de M. Harper qu'à celui du maire de Montréal, on se défend de tenter d'influer sur le processus. «Je crois comprendre qu'il y a peut-être un autre candidat également. Mais ce n'est pas la Ville de Montréal qui est en faveur ou contre. On ne connaît pas l'autre candidat. C'est une décision du Vieux-Port (sic)», a laissé tomber M. Tremblay, hier.

Le président du CA refuse quant à lui de parler d'ingérence politique. «Je ne pense pas. C'est aller pas mal loin», dit-il.

Selon la Loi maritime du Canada, il revient aux administrateurs de nommer le premier dirigeant du port. Parmi eux, quatre ont été nommés par les libéraux, dont le président, et trois par les conservateurs. Leur mandat a une durée maximale de trois ans et est renouvelable une seule fois. La loi n'impose aucune limite de temps pour le mandat du PDG.