Construire un nouveau pont? Un tunnel? Rénover de fond en comble l'actuel pont Champlain? Le ministre québécois des Transports, Sam Hamad, penche pour la première de ces trois options. Mais il refuse pour l'instant d'en faire la position officielle du gouvernement et de réclamer dès maintenant la construction d'un pont à Ottawa.

Mis à jour le 24 mars 2011
Tommy Chouinard et Bruno Bisson LA PRESSE

«C'est sûr que la solution la plus facile ou la plus faisable, c'est un pont neuf. Mais avant de prendre la décision définitive, il faut vraiment s'assurer d'avoir tous les éléments sur la table, surtout les éléments techniques», a-t-il dit.

Québec s'inquiète des conséquences des chantiers sur la circulation. Si l'on décide de rénover le pont Champlain, «ça devient un inconvénient, a expliqué M. Hamad. Et c'est là que le pont neuf devient un avantage. Cependant, nous avons des défis techniques majeurs en ce qui concerne les entrées et les sorties du pont».

Sam Hamad a voulu corriger le tir après une réaction jugée plutôt tiède, mardi, par la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, qui réclame un nouveau pont, comme les autres élus de la Rive-Sud.

«Je ne comprends pas qu'il ne porte pas ce dossier-là en reconnaissant qu'il faut que ça bouge, avait dit la mairesse, citée par La Presse. Il me semble qu'il aurait été à propos, de la part du ministre et du gouvernement du Québec, de dire que le pont Champlain est une priorité.»

Hier, Sam Hamad a convoqué les journalistes pour marteler que le dossier est prioritaire et qu'il faut «agir le plus rapidement possible». Il a dit avoir parlé à Mme St-Hilaire et au maire de Brossard, Paul Leduc, en matinée.

Le ministre s'est aussi entretenu avec son homologue fédéral, Chuck Strahl, hier. Ce dernier lui a indiqué que les études seront terminées dans deux ou trois semaines. Sam Hamad dit avoir obtenu de M. Strahl l'assurance que le pont Champlain est sûr et que le dossier fait partie des priorités d'Ottawa, «deux éléments importants pour le gouvernement du Québec».

La voie réservée maintenue

Pour sa part, la société fédérale des Ponts Jacques-Cartier et Champlain (PJCC) a assuré que la voie réservée aux autobus sera maintenue malgré les inquiétudes soulevées par l'état du pont.

Selon le porte-parole de PJCC, Jean-Vincent Lacroix, les travaux de renforcement des poutres du pont seront suffisants et il ne sera pas nécessaire de faire circuler les camions sur les voies centrales, actuellement réservées aux autobus, qui assurent environ 40 000 déplacements par jour aux heures de pointe.

Le maintien des services de transports en commun fait partie des appréhensions des maires de la Rive-Sud et de la Montérégie, qui ont écrit mardi au ministre des Transports du Canada, Chuck Strahl, pour demander qu'on accélère le remplacement du pont.

En entrevue, mardi, le maire de Brossard, Paul Leduc, a affirmé que le sort de la voie réservée aux autobus préoccupe aussi les citoyens de sa ville, qui ont exprimé leurs inquiétudes lors d'une séance publique du conseil en début de semaine.

La semaine dernière, La Presse a rendu publics deux rapports d'ingénierie selon lesquels la corrosion menace la solidité et la stabilité des poutres principales du pont. Ce sont les poutres de rive, sous les voies de droite, qui ont le plus souffert des dommages causés par les sels de déglaçage.

Faire circuler les véhicules les plus lourds sur les voies de gauche (au centre du pont) fait partie des hypothèses avancées pour réduire la charge sur les éléments les plus vulnérables de l'ouvrage.

Selon Jean-Vincent Lacroix, des travaux ont déjà permis de renforcer 92% des poutres, et des sommes importantes ont été prévues pour assurer la sécurité et la fonctionnalité du pont dans l'attente d'une décision définitive sur son avenir.

Le gouvernement fédéral a annoncé la semaine dernière des sommes additionnelles de 158 millions de dollars en trois ans pour des travaux de réfection du pont et de ses approches.

Depuis, les maires d'une douzaine de municipalités de la Rive-Sud se sont dits «peu rassurés» et travaillent à la formation d'une coalition avec les milieux d'affaires pour obtenir un nouveau pont.