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Les trous du programme d'aide alimentaire

Une bénévole de Santropol prépare des repas destinés... (Photo: Martin Tremblay, Archives La Presse)

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Une bénévole de Santropol prépare des repas destinés à des personnes âgées.

Photo: Martin Tremblay, Archives La Presse

André Noël
André Noël
La Presse

Tous les midis de la semaine, Mélanie Caron a un serrement au coeur: elle doit rester au bureau, mais elle sait que, à cette heure précise, ses deux jeunes garçons sont seuls à la maison pour le dîner. Leur école, située dans Rosemont, n'a pas un indice de pauvreté assez élevé pour profiter de l'aide alimentaire. Et Mme Caron n'a pas assez de revenus pour payer le service de garde et laisser les enfants à l'école le midi.

Son emploi de bureau lui rapporte 360$ par semaine. Le service de garde coûte 7$ par jour par enfant, ou 70$ par semaine pour deux enfants. Mme Caron ne peut pas se permettre cette dépense. Une fois payés le loyer de 700$ par mois (pour quatre pièces), la nourriture, les vêtements, les fournitures scolaires, le téléphone, il ne lui reste plus rien, ou si peu.

 

Des milliers de Montréalaises - car il s'agit le plus souvent de femmes - se trouvent dans une situation semblable. Elles vivent sous le seuil de faible revenu, établi à 26 000$ par année pour une famille de trois personnes dans une grande ville, mais elles n'habitent pas des quartiers très défavorisés. Leurs enfants n'ont donc pas accès aux repas bon marché à l'école.

Le fils aîné de Mme Caron, Melvyns, a suivi son cours de gardien averti. Mais à 12 ans, il est bien jeune pour s'occuper de son petit frère, Steven, 10 ans. «Il y a souvent de la chicane, dit leur mère. C'est normal, à cet âge. Ce qui n'est pas normal, c'est de devoir les laisser manger tout seuls à la maison. Je leur prépare des repas qu'ils mettent au four micro-ondes. Je suis toujours inquiète. Je vis un stress permanent. On ne peut pas vivre comme ça... Ce sont des maux de tête continus.»

Mme Caron trouve que toutes les écoles devraient profiter de l'aide alimentaire et que les frais de garde scolaire devraient être diminués pour les familles démunies. C'est aussi la position de Jean-Paul Faniel, coordonnateur de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain.

«Dans une école qui a un indice de pauvreté élevé, les enfants ont droit à l'aide alimentaire, dit-il. Dans l'école voisine, où l'indice est juste un peu moins élevé, les enfants n'y ont pas droit. Pourtant, ils ont autant besoin d'aide alimentaire. Ça crée une situation d'injustice. Il y a des pays qui offrent des repas gratuits à tous les enfants du primaire. Même au Québec, des repas chauds et bon marché sont offerts depuis des années dans plusieurs écoles, notamment dans le réseau anglophone. Mais il faut croire que les francophones de Montréal n'ont pas droit à ce service, alors que c'est ici que se concentre la pauvreté.»

Trente-six écoles bénéficiaires

Environ 150 des 300 écoles primaires de l'île de Montréal offrent une collation, indique Pierre Gosselin, du Comité de gestion de la taxe scolaire, qui consacre un peu plus d'un million de dollars par année à cette mesure. Mais seulement 36 écoles primaires profitent du programme d'aide alimentaire du ministère de l'Éducation, souligne Fanny Poveda, du groupe communautaire le Garde-Manger pour tous, qui supervise les repas dans 18 écoles du sud-ouest de Montréal.

Dans ces écoles, on offre des repas chauds tous les midis de la semaine pour 10$ par mois. «On ne suffit pas à la demande, dit Mme Poveda. On sert des repas à 2800 enfants, mais il faudrait produire au moins 4000 repas par jour. Nous sommes incapables de produire autant dans nos cuisines actuelles. Et nous vivons dans l'incertitude. Nous entendons sans cesse des rumeurs de restrictions budgétaires.»

 




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