La vague de chaleur qui a touché le Québec à la mi-juin portait la signature des changements climatiques, indique Environnement Canada. Avec son nouveau système d’attribution rapide, l’agence gouvernementale précise que cet évènement météo extrême était de deux à dix fois plus probable en raison de l’influence humaine sur le climat.

Un épisode rare en juin

L’est de l’Ontario, le sud et le nord du Québec tout comme les provinces atlantiques ont vécu un épisode de chaleur intense entre le 17 et le 20 juin dernier. Plus de 200 records de températures de jour comme de nuit ont été établis pendant cette période, signale Simon Legault, météorologue à Environnement Canada. À Montréal, le mercure avait notamment atteint 34 degrés. « Il est rare d’avoir de telles conditions de chaleur et d’humidité si tôt en juin », affirme M. Legault. Une séquence de trois jours avec des températures d’au moins 32 degrés avant le 20 juin n’avait été observée que deux fois auparavant, soit en 1919 et en 1978.

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Il faisait plus de 40 degrés avec le facteur humidex le 18 juin dernier à Montréal.

Un nouveau système d’attribution rapide

Selon Environnement Canada, cette vague de chaleur a été rendue plus probable en raison des changements climatiques. De deux à dix fois plus probable, selon la grille d’analyse du nouveau système d’attribution rapide de l’agence fédérale. Cette grille comporte sept niveaux permettant d’évaluer en ordre d’importance l’influence des changements climatiques sur un évènement météo extrême. La vague de chaleur de juin se classait au sixième niveau, le septième regroupant les évènements rendus au moins 10 fois plus probables en raison des changements climatiques. « Les études d’attribution sont réalisées avec l’aide de simulations informatiques du climat mondial », explique Greg Flato, directeur de la recherche sur le climat à Environnement Canada.

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Distribution de bouteilles d’eau à Toronto, le 19 juin dernier

Aider le public à mieux comprendre les changements climatiques

Avec les progrès scientifiques, les études d’attribution sont de plus en plus courantes, signale Greg Flato. Environnement Canada travaillait depuis quelques années à mettre en place un système d’attribution rapide. Il est officiellement opérationnel depuis avril dernier et l’analyse de la vague de chaleur de juin est la toute première dont les résultats sont dévoilés par l’agence. « On souhaite fournir de l’information aux gens afin qu’ils puissent mieux comprendre comment les êtres humains causent le changement climatique et comment ça a un effet sur ces extrêmes climatiques. En comprenant le rôle de ces différents changements climatiques, on peut mieux se préparer, mieux s’adapter à ces changements », ajoute M. Flato.

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Un homme se reposait sur un banc du parc Michel-Chartrand, à Longueuil, le 19 juin dernier.

Une science de plus en plus robuste

Le groupe de scientifiques internationaux World Weather Attribution (WWA) est l’un des pionniers de ce genre d’études. Depuis sa fondation en 2014, l’ONG a réalisé plus de 50 études d’attribution portant sur des évènements météo extrêmes dans différentes régions du monde. En mai dernier, WWA avait signalé dans une étude que les changements climatiques avaient ajouté en moyenne 26 journées de chaleur extrême au cours des 12 mois précédents à l’échelle mondiale. Plus récemment, les scientifiques de WWA ont déterminé que les changements climatiques ont rendu 35 fois plus probable la vague de chaleur meurtrière qui a frappé le Mexique en juin dernier.

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Travailleur de la construction s’hydratant lors d’une vague de chaleur au Mexique, le 17 juin dernier

Les records de température s’accumulent

Juin 2024 est devenu le 13e mois consécutif à établir un record moyen de température à l’échelle planétaire. Pendant cette période de 13 mois, la température moyenne a été de 1,64 degré au-dessus de la moyenne enregistrée lors de l’ère préindustrielle. Depuis 1850, la planète s’est déjà réchauffée d’environ 1,2 degré, et les scientifiques estiment que le seuil de 1,5 degré a une chance sur deux d’être atteint en moyenne entre 2030 et 2035. Le réchauffement des océans est un autre phénomène qui préoccupe la communauté scientifique, particulièrement dans l’Atlantique Nord, où la température de l’eau ne cesse d’augmenter. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) prévoit d’ailleurs une saison des ouragans plus intense qu’à l’habitude en raison des eaux plus chaudes dans l’Atlantique.

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Des touristes se protégeant du soleil avec des parapluies à Las Vegas, lundi