(Ottawa) Ne cherchez pas l’apport du Québec dans la nouvelle stratégie du gouvernement fédéral pour freiner la perte de la biodiversité au pays. L’ensemble des provinces et des territoires ont fourni leur plan en annexe de ce volumineux document dévoilé jeudi, à l’exception du gouvernement québécois.

« Le Québec a décidé de ne pas fournir d’information pour cette stratégie-là, estimant que c’est une compétence seule du gouvernement du Québec, ce qui est archifaux », a déploré le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault.

« On travaille tout le monde ensemble là-dessus. Il n’y a personne sur la planète qui dit : “Moi, je vais faire ça tout seul dans mon coin, en vase clos.” On doit travailler en partenariat, donc je trouve ça un peu décevant que le gouvernement du Québec ait décidé de ne pas participer comme l’ensemble des provinces, des territoires et des peuples autochtones. »

Le ministre Guilbeault a déposé un projet de loi et dévoilé une stratégie jeudi pour freiner le déclin de la biodiversité au pays. Le Canada devient ainsi le deuxième pays dans le monde après le Chili à proposer une loi pour respecter ses obligations en vertu de l’accord historique conclu lors de la 15conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), qui s’était déroulée à Montréal il y a un an et demi.

Le dépôt du projet de loi C-73 survient alors que le gouvernement Legault a décidé de repousser à nouveau l’adoption de mesures de protection du caribou, comme le rapportait La Presse mercredi. Il prolonge jusqu’au 31 octobre la consultation sur les projets pilotes annoncés en avril, ce qui l’expose à une intervention du gouvernement fédéral. Ottawa avait donné à Québec jusqu’au 1er mai pour présenter un plan concret sans quoi il menace d’imposer des mesures de protection du caribou unilatéralement par décret.

« Le gouvernement du Québec a brisé sa propre promesse qu’il avait faite aux Québécois et Québécoises, a affirmé M. Guilbeault. Cette stratégie-là sur le caribou est promise par le gouvernement du Québec depuis 2016. » Le gouvernement québécois avait signé une lettre commune avec Ottawa en 2022 où il s’engageait à protéger 65 % de l’habitat critique du caribou, a-t-il rappelé.

Le projet de loi sur la responsabilité envers la nature prévoit l’élaboration d’une stratégie et de plans d’action à l’échelle du pays pour protéger la biodiversité. Il y a des mécanismes de reddition de compte, comme la production de rapports d’étape, pour mesurer l’état d’avancement de la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Des experts indépendants devront contribuer aux stratégies et aux rapports nationaux. Le ministre devra également tenir compte du savoir autochtone en matière de biodiversité et respecter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

La Stratégie pour la nature 2030 repose sur six piliers, dont celui de reconnaître leurs droits. Elle souligne également le lien entre la prospérité économique et « un environnement sain ».

Environ un million d’espèces seraient déjà menacées d’extinction, selon l’Organisation des Nations unies. Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal identifie 23 cibles dont celle de protéger « au moins 30 % des zones terrestres, des eaux intérieures et des zones côtières et marines » d’ici 2030.

Le gouvernement fédéral a déjà signé trois ententes avec une province et deux territoires – la Colombie-Britannique, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest – pour atteindre cet objectif à l’échelle du pays. Le ministre Guilbeault ne perd pas espoir d’en conclure une avec le Québec, qui avait pris l’engagement de protéger 30 % de son territoire l’an dernier.

« Je le souhaite encore, a-t-il dit en entrevue. Je pense que c’est dans notre intérêt général à tous et à toutes de travailler ensemble. »

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal prévoit également un fonds pour les pays en développement de 20 milliards de dollars par année d’ici 2025 et de 30 milliards d’ici 2030.

Avec Jean-Thomas Léveillé, La Presse