(Montréal) Des expéditeurs à travers le monde se sont réunis jeudi à Montréal pour déterminer quels carburants durables leurs navires devraient utiliser – une question clé étant donné que les bateaux construits aujourd’hui seront toujours en service en 2050.

Lors du sommet annuel de la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), le président Emanuele Grimaldi a déclaré que différents types de carburant étaient adaptés à différents navires, mais que les gouvernements, les producteurs et le secteur des transports devaient parvenir à un consensus sur l’énergie verte.

Les options vont du méthanol et de l’ammoniac à l’hydrogène et à la propulsion nucléaire dans une industrie où environ 58 000 cargos fonctionnent principalement au « combustible de soute », un fioul lourd avec des niveaux de soufre encore plus élevés que le diesel.

Le groupe industriel, qui représente plus de 80 % de la flotte marchande mondiale, prône une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre maritimes pour encourager l’adoption de carburants renouvelables.

Cependant, M. Grimaldi a également déclaré que les gouvernements doivent faire pression pour accroître l’offre, étant donné le manque de carburants durables, alors que le secteur vise zéro émission nette « d’ici 2050 ou vers 2050 » – l’objectif fixé l’année dernière dans un plan de l’Organisation maritime internationale (OMI) des Nations unies, qui réglemente le transport maritime mondial.

« Il n’y a pas de disponibilité pour ces types de carburants, pas jusqu’à présent, a déclaré M. Grimaldi aux journalistes. Nous nous intéressons beaucoup au méthanol, car le méthanol peut également être produit à partir des déchets. »

Les déchets agricoles, les ordures urbaines et les résidus de bois tels que les feuilles et les branches représentent tous des sources de matière première pour ce qu’on appelle le biométhanol – « quelque chose qui est de l’or », a affirmé M. Grimaldi, citant sa valeur future projetée.

L’ammoniac, qui n’émet pas de dioxyde de carbone lors de sa combustion, est également considéré comme une source d’énergie potentielle pour les cargos. Mais le composé est coûteux, inflammable et corrosif – un risque pour les marins et, en cas de fuite, pour la vie aquatique.

« Aujourd’hui, les moteurs ne sont pas disponibles », a déclaré M. Grimaldi. Ce carburant difficile à brûler nécessite un processus de combustion interne spécialisé. Les tout premiers moteurs de navire alimentés à l’ammoniac devraient être livrés plus tard cette année ou au début de 2025.

« Pour nos navires à passagers et pour nos traversiers, nous nous tournons davantage vers le méthanol », a affirmé M. Grimaldi, qui préside également le groupe Grimaldi, établi à Naples, un conglomérat maritime dont les revenus ont dépassé les 7 milliards l’année dernière.

« Nous savons que le méthanol peut être très toxique, a-t-il ajouté. Personne ne serait dans la salle des machines. »

Les petits navires pourraient fonctionner sur batterie. Quant à l’hydrogène vert – produit à partir d’électricité renouvelable – « il pourrait être très explosif », bien que la demande pourrait éventuellement être importante si la sécurité est assurée.

La pénurie frappe le monde des transports

Du transport maritime à l’aviation, la pénurie de carburant durable frappe le monde des transports, alors même que les pays se fixent des objectifs ambitieux pour réduire les émissions et freiner le réchauffement climatique.

Au Canada, les transporteurs et les expéditeurs maritimes ont demandé au gouvernement fédéral d’augmenter le financement du transport durable, des sommes qu’ils espèrent consacrer aux chaînes d’approvisionnement vertes et à la modernisation des infrastructures existantes.

Les crédits d’impôt, les prêts et les subventions sont essentiels pour aider les entreprises à produire moins de dioxyde de carbone et à suivre le rythme des réseaux de transport des autres pays, selon le Conseil national des lignes aériennes du Canada et la Chambre de commerce maritime.

« Le secteur maritime sera l’un des nombreux consommateurs et utilisateurs de ces nouveaux carburants », a déclaré Bruce Burrows, PDG de la chambre.

« Nous ferons tous la queue et demanderons une sorte de traitement préférentiel, a-t-il ajouté. Ce sera un monde compétitif : l’offre sera limitée et les demandeurs seront nombreux. »

Au port de Montréal, les membres de la Chambre internationale de la marine marchande prévoyaient tenir un vote informel jeudi sur les carburants renouvelables ayant le plus grand potentiel.

Le protectionnisme

Le président a également souligné la montée du protectionnisme et les conflits mondiaux comme des obstacles au commerce maritime qui, en fin de compte, font augmenter les coûts pour les consommateurs.

Mercredi, l’Union européenne a annoncé qu’elle imposerait des droits de douane allant jusqu’à 38 % sur les véhicules électriques expédiés de Chine. Cette décision fait suite à celle des États-Unis, qui ont augmenté les taxes sur les véhicules électriques chinois de 25 à 100 %.

« Il y a eu beaucoup de lobbying aux États-Unis de la part des syndicats pour imposer des droits de douane sur les navires de construction chinoise entrant dans les ports américains afin de subventionner l’industrie américaine de la construction navale », a déclaré Guy Platten, secrétaire général de la Chambre internationale de la marine marchande.

« C’est cet effet rampant à travers lequel, pris isolément, un à la fois, nous pensons : “Eh bien, ce n’est pas grave, nous pouvons y faire face.” Mais dans l’ensemble, c’est quelque chose que nous devons dénoncer. »

M. Grimaldi a ajouté : « Il n’y a rien de plus contagieux que le protectionnisme. Si l’on se lance, il y aura une course. »