(Ottawa) Les villes et villages canadiens confrontés à une lutte difficile pour conjurer les effets du changement climatique se partageront plus d’un demi-milliard de dollars provenant d’un nouveau fonds fédéral d’adaptation.

Mais cette somme ne représente qu’une fraction des frais auxquels les municipalités canadiennes doivent faire face en raison des inondations, des incendies et autres conditions météorologiques extrêmes.

Une analyse réalisée en 2020 pour la Fédération canadienne des municipalités et le Bureau d’assurance du Canada indique que les gouvernements locaux auraient besoin de 5,3 milliards par année pour s’adapter au changement climatique.

Lundi, le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a annoncé qu’Ottawa fournirait 530 millions au cours des huit prochaines années pour le nouveau « Leadership local pour l’adaptation climatique ».

Le programme avait été annoncé en novembre 2022, mais il n’a obtenu son financement que dans le plus récent budget fédéral d’avril dernier.

Dans le cadre de ce programme, les municipalités pourront demander jusqu’à 1 million de dollars pour couvrir une partie des coûts des projets d’adaptation au changement climatique et jusqu’à 70 000 $ pour les évaluations des risques et les études de faisabilité.

« Les projets éligibles comprennent plusieurs activités, comme des mesures de prévention des inondations ou des incendies de forêt, des travaux d’infrastructure ou la création d’espaces verts pour atténuer les canicules et soutenir la biodiversité », a expliqué lundi le ministre Guilbeault.

« La mobilisation à l’échelle locale est tellement importante pour nous aider à nous adapter et sauvegarder nos communautés et nos espaces naturels », a ajouté le ministre, lundi, sur les rives de la rivière des Outaouais juste à l’ouest de la colline du Parlement.

Cette rivière a connu au cours des sept dernières années deux crues qu’on ne voyait jadis « qu’à tous les 100 ans », ce qui a entraîné des factures supplémentaires de plusieurs dizaines de millions de dollars pour la Ville d’Ottawa et d’autres municipalités riveraines.

« Une fraction de ce qui serait nécessaire »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique Steven Guilbault

Tim Tierney, conseiller municipal d’Ottawa et troisième vice-président de la Fédération canadienne des municipalités, a accueilli favorablement, lundi, cette nouvelle enveloppe d’Ottawa pour l’adaptation climatique, même s’il a admis qu’il ne s’agissait que d’une infime fraction de ce qui serait réellement nécessaire.

« Nous prendrons tout ce que nous pouvons, a-t-il déclaré lors de l’annonce du ministre Guilbeault. Nous sommes simplement heureux d’avoir enfin une sorte de structure en place. »

Il a déclaré que la Ville d’Ottawa pourrait envisager de demander du financement pour des projets visant à consolider les zones riveraines qui ont déjà été touchées par des inondations répétées, ou même des sommes pour enterrer des lignes électriques.

Depuis 2018, la Ville a connu trois pannes d’électricité majeures qui ont duré des jours, voire des semaines – en raison d’une tornade, d’une tempête de vent majeure appelée « derecho » et d’une tempête de verglas.

Le programme sera géré par la Fédération canadienne des municipalités dans le cadre de son Fonds municipal vert. Chris Boivin, directeur général du Fonds, a déclaré que la limite d’un million de dollars par projet peut sembler petite pour les grandes villes, mais pour une majorité de petites et moyennes municipalités, elle sera d’un grand soutien.

Dustin Carey, qui a contribué à la conception du programme d’adaptation au climat au Fonds municipal vert, a énuméré d’autres exemples de ce qui pourrait recevoir un financement dans le cadre du nouveau programme fédéral.

Les projets admissibles peuvent inclure la construction de zones humides artificielles, la restauration des berges des rivières, la création de zones ombragées pour réduire les îlots de chaleur, la plantation d’arbres ou même l’aide à la création de centres communautaires, de bibliothèques ou d’autres bâtiments municipaux pour devenir des « centres de refroidissement » pendant une canicule.

L’Union des municipalités du Québec avait déjà réclamé au gouvernement québécois 2 milliards par année pour s’adapter au changement climatique, mais le premier ministre François Legault ne leur avait consenti qu’une fraction de ce montant.

L’Institut climatique du Canada estime que tout dollar investi en adaptation aux changements climatiques génère des retombées de 13 $ à 15 $.