La Fonderie Horne assure qu’elle pourra réduire ses émissions d’arsenic à 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠3) d’ici l’été 2027, comme le veut Québec, en investissant 500 millions dans un plan de modernisation. Mais la direction l’avoue : elle ne sait pas quand ni comment la norme québécoise de 3 ng/m⁠3 pourra être atteinte.

Mis à jour le 18 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On veut essentiellement raccourcir la chaîne de valeurs et produire le cuivre avec moins d’étapes. Ça serait une première mondiale dans le domaine », a expliqué jeudi le directeur de l’ingénierie et des services techniques de Glencore en Amérique du Nord, Donald Piché, lors d’un briefing technique.

Lundi, le gouvernement Legault avait annoncé que la Fonderie Horne devra réduire ses émissions d’arsenic pour atteindre une concentration moyenne annuelle de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠3) d’ici cinq ans. Dès 2023, la Fonderie estime qu’elle pourra réduire ses émissions à un seuil de 65 ng/m⁠3, puis à 45 ng/m⁠3 entre 2024 et 2026, pour finalement atteindre le seuil de 15 ng/m⁠3 en 2027. Actuellement, une entente avec le gouvernement permet que les émissions atteignent une moyenne annuelle de 100 ng/m⁠3.

Ces cibles sont toutefois nettement moins ambitieuses que ce qui a été proposé par le passé. L’an dernier, le gouvernement avait envisagé d’atteindre de 25 à 45 ng/m⁠3 en 2023, puis en deçà de 20 ng/m⁠3 en 2024. Le chef des opérations cuivre de Glencore en Amérique du Nord, Claude Bélanger, affirme que la COVID-19 a « bousculé » plusieurs travaux d’optimisation.

« Nous ne sommes pas mesure d’indiquer comment on va arriver à 3 ng/m⁠3 encore, à cette étape-ci. On vise toujours l’amélioration, mais il faut se donner la chance de mettre en place cette transformation-là, afin de voir où sont les opportunités. […] On va continuer de faire des recherches », a aussi reconnu M. Bélanger.

Plus on s’éloigne de la Fonderie, « plus les mesures seront moindres », a ajouté la responsable de l’environnement pour les opérations cuivre de Glencore, Marie-Élise Viger. Elle estime que 84 % du périmètre urbain de Rouyn-Noranda — soit à 1200 mètres au-delà de la Fonderie — sera à 3 ng/m⁠3 d’ici 2027. Cette année-là, 97 % de la municipalité (à 450 mètres et plus de la Fonderie) serait à 7 ng/m⁠3.

Des projets pour moderniser l’usine

Quatre « grands projets de modernisation » constituent le plan de modernisation de la Fonderie Horne, qui vise à faire de celle-ci « l’une des fonderies de cuivre émettant le moins d’émissions au monde ». 200 millions seront d’abord réservés au « projet Phénix », soit la construction d’une nouvelle section « à la fine pointe de la technologie » pour réduire les étapes et le temps requis à la production du cuivre. La direction estime que la Fonderie réduirait ainsi ses émissions d’arsenic de 45 à 50 % d’ici cinq ans.

200 millions iront aussi dans un projet « d’épuration de l’air » de la Fonderie, qui permettrait de « desservir tous les niveaux de captation des gaz » — soit le primaire, le secondaire et le tertiaire — dans un seul et même procédé de transformation du cuivre. Ce second projet, baptisé « R3 », réduirait les émissions de 15 à 20 % selon Glencore, qui espère l’avoir réalisé d’ici 2026.

La multinationale compte aussi construire une nouvelle installation de coulée du cuivre « automatisée et écoénergétique », au coût de 70 millions, pour réduire ses émissions d’arsenic de 10 à 15 %. Une « zone écran » sera aussi aménagée d’ici 2024 entre la communauté et la Fonderie pour réduire l’exposition de la population aux rejets de gaz, ainsi qu’aux odeurs et la poussière. Elle devrait coûter 10 millions.

Sept projets « d’améliorations transitoires » verront aussi le jour d’ici 2027, soit en bonne partie des nouvelles technologies de captation des émissions coûtant environ 28 millions. On veut aussi « améliorer » les dépoussiéreurs existants, avec des technologies de filtration plus efficaces, pour 4 millions. Un nouvel entrepôt des matières concentrées sera aussi construit sur le site de l’usine. Aucun emploi ne sera touché par ces changements majeurs, assure Glencore.

Aide financière en vue ?

Glencore ne cache pas qu’elle devra obtenir une aide financière significative du gouvernement du Québec pour réussir cette « transformation majeure ». « On est au début des pourparlers, aux premiers balbutiements. Il n’y a pas encore de chiffres à indiquer à ce niveau-là », a soulevé M. Bélanger à ce sujet.

Le seuil de 15 ng/m⁠3 avait d’abord été recommandé la Santé publique la semaine dernière. Cela reste néanmoins cinq fois plus élevé que la norme québécoise de 3 ng/m⁠⁠3. Il représente toutefois une réduction de 85 % par rapport à la limite actuelle de 100 ng/m⁠⁠3, a fait valoir lundi le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette.

« Maintenant, la prochaine étape, c’est la consultation publique qui s’amorcera le 6 septembre. Tous les citoyens de Rouyn-Noranda et de la région auront l’occasion de se prononcer sur le sujet », a indiqué mardi le ministre Charette, en rappelant que l’administratrice d’État Hélène Proteau sera aussi « le point de chute pour tous les acteurs concernés ».

Québec solidaire et sa députée locale de Rouyn-Noranda, Émilise Lessard-Therrien, veulent quant à eux exiger le respect de la norme dans un premier mandat, en forçant Glencore à atteindre 15 ng/m⁠3 en un an. « Le plan de match de la fonderie nous donne l’impression d’un plan tout convenu d’avance avec la CAQ. Ça a l’air arrangé avec le gars des vues. Les exigences de la CAQ sont trop basses et ne suffisent pas pour protéger la population », a tonné jeudi Mme Lessard-Therrien.

Avec Jean-Thomas Léveillé, La Presse

En savoir plus

  • 1170 ng/m3
    C’est le taux record d’arsenic dans l’air enregistré en 2021 aux abords de la Fonderie Horne
    MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT ET DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES