Si les vulnérabilités du Québec aux changements climatiques commencent à être mieux documentées, beaucoup de travail reste à faire sur le plan des mesures d’adaptation, souligne un rapport diffusé par le consortium Ouranos mardi.

Mis à jour le 9 août
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« Un défi de taille »

Les vulnérabilités du Québec aux changements climatiques commencent à être mieux documentées, mais la mise en œuvre de mesures d’adaptation est « inégale parmi les différents secteurs et reste, pour certains milieux, un défi de taille », signale le document.

Cet état de la situation de près de 130 pages s’inscrit dans un vaste tour d’horizon publié par Ressources naturelles Canada, intitulé Le Canada dans un climat en changement. L’ingénieure Angelica Alberti-Dufort, spécialiste en recherche et mobilisation des connaissances chez Ouranos, est l’autrice principale du chapitre québécois.

Si réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) demeure une priorité pour « éviter les pires scénarios », les changements climatiques sont néanmoins « inéluctables », rappelle le chapitre québécois.

« L’objectif de l’adaptation est d’apprendre à vivre avec les changements climatiques. »

Lisez le chapitre québécois du rapport sur les perspectives régionales

+ 1 à 3 °C

La température moyenne de la province s’est déjà réchauffée, selon les régions, de 1 à 3 °C depuis 1950, et sans mesure de réduction majeure des GES, la hausse risque de se poursuivre, prévient Ouranos. Elle pourrait être de 3,5 °C en 2050, et de plus de 6 °C en 2080, par rapport à la période 1981-2010, estime l’organisme.

80 %

Plus des trois quarts de la population québécoise habite dans les milieux urbains, qui vivent déjà des problèmes amplifiés par les changements climatiques, rappelle Ouranos. En plus des îlots de chaleur et de la gestion des eaux pluviales, ils sont généralement établis à proximité de cours d’eau, ce qui les rend sensibles aux inondations, comme on l’a vu en 2017 et 2019. Dans l’est du Québec, ce sont plutôt l’érosion et la submersion marine qui menacent les communautés côtières.

PHOTO TIRÉE DU RAPPORT LE CANADA DANS UN CLIMAT EN CHANGEMENT

Tronçon de la route 132 emporté par les vagues à La Martre, en Gaspésie

Des gagnants et des perdants

Les effets contrastés des changements climatiques sont particulièrement visibles en agriculture. Si plusieurs cultures, dont le soya, le maïs et certaines espèces fourragères, pourraient donner de meilleurs rendements en raison de l’allongement de la saison de croissance, d’autres productions plus adaptées aux régions fraîches, comme le canola, l’orge et le blé, pourraient souffrir de la chaleur accrue.

Le Québec pourrait se trouver avantagé si des productions réussissent à s’étendre plus au nord — le soya et le maïs-grain, mais aussi la pomme et la vigne.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

L’allongement de la saison de croissance pourrait bénéficier à certaines cultures, comme le maïs et le soya, mais d’autres pourraient en souffrir, comme le blé.

Par contre, les automnes plus chauds, les redoux et les pluies hivernales peuvent nuire aux cultures servant à l’alimentation des bovins, dont la luzerne. Les changements climatiques peuvent aussi favoriser les maladies et les mauvaises herbes, nuire à la qualité et au volume des récoltes, et affecter les animaux d’élevage.

Inspiration autochtone

Les redoux plus fréquents en hiver et les températures généralement plus douces réduisent la période d’englacement, ce qui rend les déplacements pour la pêche, la chasse et la trappe moins sûrs « dans l’ensemble du Québec », souligne le rapport. Pour les Autochtones, c’est un réel enjeu de subsistance, mais beaucoup ont déjà pris des mesures d’adaptation, signale le rapport.

Devant le déclin du troupeau de caribous de la péninsule d’Ungava, par exemple, sept nations autochtones ont créé une Table ronde pour coordonner la gestion du troupeau et favoriser son rétablissement. Les mesures déployées par les communautés autochtones, qui sont axées sur les générations futures, « sont sources d’inspiration et de résilience pour toutes les sociétés », souligne Ouranos.

Éléments déclencheurs

« C’est souvent à la suite d’évènements climatiques dévastateurs que des mesures sont prises pour s’adapter », constatent les auteurs.

Le déluge du Saguenay de 1996, par exemple, a donné lieu à une commission d’enquête qui a débouché sur une Loi sur la sécurité des barrages. Les inondations de 2017 et 2019 ont incité Québec à mettre à jour sa cartographie des zones inondables. L’érosion et la submersion côtières ont aussi suscité des investissements dans l’est du Québec, notamment à Percé, avec la réhabilitation du littoral de l’Anse du Sud.

PHOTO TIRÉE DU RAPPORT LE CANADA DANS UN CLIMAT EN CHANGEMENT

Avant et après les travaux sur le littoral de Percé

Manque de connaissances

« Plusieurs connaissances sont encore manquantes, notamment en matière de sciences sociales et de méthodes d’adaptation », signale toutefois le chapitre québécois en plaidant pour davantage de recherche.

Certes, la stratégie montréalaise pour faire face aux chaleurs extrêmes montre que certaines mesures, comme les visites à domicile et les appels quotidiens à des aînés malades et isolés socialement, « semblent avoir réduit la mortalité ». Mais l’impact accru sur la santé des vagues de chaleur ou autres aléas climatiques en lien avec des variables « traduisant la défavorisation sociale » (être célibataire ou vivre seul, avoir des contacts avec des proches ou participer à des activités sociales) a fait l’objet de « peu de travaux québécois ».