Après deux ans d’absence pour cause de pandémie, le retour du Grand Prix de Formule 1 à Montréal ne fait pas que des heureux. Plusieurs groupes environnementaux demandent carrément qu’on mette fin à ce genre d’évènement dans un contexte d’urgence climatique. Explications.

Publié le 17 juin
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Une pétition pour mettre fin au Grand Prix

L’ancien batteur des Cowboys Fringants, Dominique Lebeau, a lancé lundi une pétition afin de mettre fin au Grand Prix de Formule 1 à Montréal. Appuyé par plusieurs groupes environnementaux, dont Mères au front, la Coalition climat Montréal, la Fondation Rivières, Environnement Jeunesse et l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, il demande que l’évènement « n’ait plus lieu à Montréal, au Québec ou au Canada ». « Nous n’en revenons tout simplement pas qu’en 2022, en pleine crise climatique, il y ait encore des évènements comme celui du Grand Prix du Canada qui soient présentés », peut-on lire notamment sur le site change.org, où 2732 personnes avaient signé la pétition en fin de journée jeudi.

« On est conscients de ça et on va travailler là-dessus »

Photo Olivier Jean, LA PRESSE

Francois Dumontier lors du Grand Prix de Formule 1, au circuit Gilles Villeneuve

« Je pense que ça, c’est l’extrême. Le Grand Prix, c’est l’évènement sportif touristique le plus important au Canada. Il y a 56 % de notre clientèle qui provient de l’extérieur du Québec, donc c’est vraiment de l’argent neuf qui rentre à Montréal », a indiqué jeudi François Dumontier, patron du Grand Prix du Canada, en réponse aux groupes qui souhaitent la fin de l’évènement. « Particulièrement post-pandémie, je pense qu’on va contribuer à une partie de la relance économique du centre-ville de Montréal. La F1 et les promoteurs du monde entier, on est conscients qu’on a une job à faire. Et on l’a commencé, ce travail-là. Depuis 2014, on a des moteurs hybrides. Il y a peut-être eu un manque de communication là-dessus, mais on s’est donné comme objectif d’être carboneutre pour 2030. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ce sont des étapes qu’on va passer. Des fois, ce sont de petits gestes, mais on est conscients de ça et on va travailler là-dessus. »

256 551 tonnes

Selon des chiffres dévoilés en 2019, l’ensemble du circuit de F1 relâche l’équivalent de 256 551 tonnes de gaz à effet de serre (GES) annuellement, l’équivalent d’environ 105 000 voitures ou encore 450 vols Montréal-Paris. La majorité des GES sont relâchés non pas pendant les courses, mais pendant les déplacements des équipes et du matériel dans les différents pays où se tiennent les compétitions. Ces chiffres ne tiennent pas compte cependant de l’impact carbone du tourisme associé aux différentes courses. Celui-ci serait évalué à 1,64 million de tonnes de CO2 par année. La F1 s’est engagée en 2019 à être carboneutre d’ici 2030.

Combattre les énergies fossiles

Photo François Roy, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Claudel Pétrin-Desrosiers

Selon la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), « il faut être cohérent dans un contexte de crise climatique ». « Ça a tout à fait sa place cette discussion [sur la pertinence du Grand Prix] dans le contexte actuel. Un évènement qui sert à brûler du gaz toute la fin de semaine, c’est une extravagance qui n’a plus sa place », ajoute-t-elle. L’appui à la pétition Le Grand Prix : non merci ! allait de soi, précise aussi la médecin de famille, puisque l’AQME soutient une campagne qui vise l’interdiction des publicités sur les combustibles fossiles. Au-delà du bilan GES de la F1, « il y a le symbole derrière ça, même si les émissions d’un Grand Prix sont minimes par rapport à celles des déplacements en auto de la population ».

Carbone et sport professionnel

La Formule 1 est loin d’être le seul sport professionnel qui cherche à redorer son blason en matière d’empreinte environnementale. Dans un rapport dévoilé en 2019, la Ligue nationale de hockey (LNH) a indiqué que les voyages des équipes durant la saison avaient relâché 1430 tonnes de GES. L’interruption de la saison régulière en raison de la pandémie au printemps 2020 avait permis d’éviter 200 tonnes de GES. La ligue signale avoir un programme pour compenser ses émissions. Par ailleurs, des données de 2014 ont montré que la LNH produisait l’équivalent de 550 000 tonnes de carbone pour l’ensemble de ses activités au cours d’une saison.

En savoir plus

  • 2031
    La Ville de Montréal a un contrat jusqu’en 2031 pour tenir le Grand Prix de F1.
    Source : Ville de Montréal
    20
    Les 22 courses d’une saison de Formule 1 sont tenues dans 20 pays.
    Source : Fédération internationale de l’automobile