Comment un ancien champ est devenu l’un des milieux humides les plus prisés du Grand Montréal

Publié le 12 juin
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

« Si vous le construisez, ils viendront. » Cette réplique célèbre du film Field of Dreams pourrait bien s’appliquer aux milieux humides, qui gagnent en popularité auprès des Québécois. C’est le cas notamment du ruisseau de Feu, au nord de la métropole, où d’anciennes terres agricoles en zone inondable sont devenues l’un des milieux humides les plus populaires du Grand Montréal.

En bordure de l’autoroute 40, à Terrebonne, les amateurs d’ornithologie se donnent régulièrement rendez-vous pour y observer différentes espèces d’oiseaux. S’ils sont chanceux, ils pourront photographier un faucon pèlerin ou un bruant à queue aiguë, deux espèces inscrites à la liste du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

« Il n’y avait rien de tout ça avant, c’étaient des champs », rappelle le biologiste André Michaud, chef de la conservation des habitats à l’organisme Canards illimités, dont la mission est la conservation et la restauration des milieux humides. Aujourd’hui, une partie du secteur est devenue un parc de conservation, inauguré en juillet 2021 par la Ville de Terrebonne.

Le site est aujourd’hui considéré par Canards illimités comme « l’un des projets de restauration les plus spectaculaires du Québec ». Un projet comme celui du ruisseau de Feu a cependant bénéficié de circonstances favorables à sa réalisation, explique André Michaud.

  • En juillet 2021, la Ville de Terrebonne inaugure le secteur marais du parc de conservation du ruisseau de Feu.

    Photo Martin Tremblay, LA PRESSE

    En juillet 2021, la Ville de Terrebonne inaugure le secteur marais du parc de conservation du ruisseau de Feu.

  • Le ruisseau de Feu est un site prisé des ornithologues amateurs.

    Photo Martin Tremblay, LA PRESSE

    Le ruisseau de Feu est un site prisé des ornithologues amateurs.

  • Vue aérienne du ruisseau de Feu

    Photo Martin Tremblay, LA PRESSE

    Vue aérienne du ruisseau de Feu

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« Dès les années 1980, le secteur avait été identifié comme un site d’intérêt pour un projet de restauration de milieux humides en raison de la présence à proximité de la rivière des Prairies », précise le biologiste. En 2004, le propriétaire des terrains, la famille Romano, décide de faire un don de 41 hectares à Canards illimités. André Michaud et son équipe travaillent à la création d’une quarantaine d’hectares de milieux humides, composés d’une digue de 1,6 km, d’un marais, d’un marécage et d’une passe migratoire pour poissons.

Un « coup de circuit »

Au coût de 1,2 million de dollars, les travaux sont finalisés en 2012. Le public y a accès, mais le site est surtout connu d’un cercle d’initiés au cours des premières années. En juillet 2021, la Ville de Terrebonne inaugure le secteur marais du parc de conservation du ruisseau de Feu. Des investissements de 3,6 millions ont notamment permis d’installer une passerelle en bois sur pilotis et une tour pour l’observation des oiseaux.

André Michaud considère ce projet comme un « coup de circuit ».

Photo Martin Tremblay, LA PRESSE

André Michaud, chef de la conservation des habitats à l’organisme Canards illimités

Pour moi, c’est le projet d’aménagement faunique le plus significatif que j’aie réalisé en milieu urbain. Ce qui me rend d’autant plus fier, c’est que tout ça est maintenant accessible à la population.

André Michaud, chef de la conservation des habitats à l’organisme Canards illimités

Le biologiste dit d’ailleurs avoir constaté un changement des mentalités au cours de ses 28 années de carrière comme biologiste à Canards illimités. Selon lui, le public est de plus en plus conscient de l’importance des milieux naturels, dont les milieux humides. Un changement qui s’est accéléré avec la pandémie. « À cause de la COVID-19 et des mesures de restriction, les gens se sont vraiment approprié la nature », affirme-t-il.

Le ruisseau de Feu est l’un des sites les plus prisés des ornithologues amateurs dans la couronne nord de Montréal, confirme le directeur général du Regroupement Québec Oiseaux, Jean-Sébastien Guénette. « C’est un très bon site, surtout que des milieux humides, il n’y en a pas tant que ça dans la région de Montréal. » Environ 200 espèces d’oiseaux ont été identifiés sur le site, ajoute-t-il.

De plus en plus appréciés

Selon une étude récente dirigée par le professeur Jérôme Dupras, de la Chaire de recherche en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, 83 % des Québécois se disent préoccupés par la perte de milieux humides et 84 % estiment que le gouvernement du Québec devrait en faire plus pour les protéger. De plus, les Québécois se disent prêts à faire un don annuel moyen de 42,55 $ pour financer des initiatives de restauration et de création de milieux humides, conclut l’étude.

Parmi les activités que les Québécois disent privilégier dans les secteurs abritant des milieux humides, la randonnée (81 %) figure au premier rang, suivie du ressourcement (53 %) et de l’observation d’oiseaux (37 %), signale aussi l’étude intitulée La valeur des milieux humides pour les Québécois.

Canards illimités lance une campagne de financement

Les constats de l’étude du professeur Jérôme Dupras sur les milieux humides ont piqué la curiosité de Sébastien Rioux, directeur des opérations provinciales à Canards illimités. L’organisme a décidé de prendre la balle au bond et de lancer une campagne de sollicitation auprès du public. « On demande en quelque sorte aux Québécois de passer de la parole aux actes après la publication de cette étude, qui concluait que le public était prêt à débourser 280 millions de dollars pour des projets de création ou de restauration de milieux humides. »

En savoir plus

  • 85 %
    Proportion des milieux humides qui ont déjà été détruits dans la région de Montréal. À l’échelle de la province, cette proportion est estimée entre 40 et 80 %.
    SOURCE : Rapport Analyse de la situation des milieux humides au Québec
    49,85 $
    Somme moyenne que la population de la région de Montréal serait prête à dépenser pour protéger ou restaurer des milieux humides.
    SOURCE : Étude La valeur des milieux humides pour les Québécois