La crise énergétique engendrée par l’invasion russe de l’Ukraine n’a pas empêché les pays du Groupe des sept (G7) de faire des « progrès » pour contrer la crise climatique, estime Ottawa.

Mis à jour le 27 mai
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Ces grandes puissances se sont engagées au terme d’une rencontre de trois jours en Allemagne à décarboner d’ici 2035 l’essentiel de leur production d’électricité, à accélérer l’électrification des transports ainsi qu’à mettre fin au financement des énergies fossiles dès cette année à l’échelle internationale et d’ici 2025 à l’échelle nationale.

« Ce sont tous des sujets sur lesquels on a fait des progrès par rapport à l’an passé », s’est félicité le ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, Steven Guilbeault, qui a participé à la rencontre avec son collègue des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson.

Nombre d’observateurs s’attendaient à des « reculs importants » en raison des tensions avec la Russie et des répercussions qui en découlent, mais « le communiqué [final du G7] va encore plus loin sur plusieurs éléments », souligne-t-il.

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Différents représentants des pays du G7, dont Steven Guilbeault (au centre, veston brun), à Berlin jeudi dernier

Le G7 n’est toutefois pas parvenu à un consensus pour mettre fin aux subventions nationales aux énergies fossiles plus tôt qu’en 2025, a expliqué M. Guilbeault, rappelant que le Canada s’est néanmoins engagé à le faire d’ici 2023.

Certains pays, pour des raisons qui leur sont propres, ont besoin de plus de temps.

Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada

La fin des subventions internationales aux énergies fossiles est aussi assortie d’une exception pour des « circonstances limitées », précise le communiqué final du G7, ce que déplore Eddy Pérez, directeur de la diplomatie climatique internationale au Réseau action climat Canada et chargé de cours à l’Université de Montréal.

« Ce genre d’engagements a été grandement critiqué dans les rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] », dit-il.

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Le ministre de l’Environnement du Canada, Steven Guilbeault (au centre), entouré des représentants allemands

Les subventions au secteur des énergies fossiles ont totalisé 7500 milliards de dollars dans le monde en 2020, a calculé le Fonds monétaire international.

Il s’agit d’une « absurdité qui doit être éliminée », a déclaré le ministre de l’Économie et du Climat d’Allemagne, Robert Habeck, au terme de la rencontre du G7.

Aider l’Europe

Le Canada s’est engagé lors de cette rencontre du G7 à aider l’Europe à réduire sa dépendance à l’énergie russe sans que cela compromette ses engagements climatiques.

« On veut assister l’Europe [tout en respectant] nos engagements de réduction [d’émissions] de gaz à effet de serre dans le cadre de l’accord de Paris », a indiqué le ministre Jonathan Wilkinson, qui a évoqué la possibilité d’exporter du gaz naturel.

Il proviendrait d’installations existantes et non de nouvelles installations, a indiqué le ministre, fermant de nouveau la porte au projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay, déjà rejeté par Québec et Ottawa.

L’idée n’est pas d’ajouter de la capacité de production, mais bien de remplacer [celle de la Russie], et ce, à très, très court terme.

Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada

C’est d’ailleurs parce que le Canada a une politique climatique que l’Allemagne se tourne vers lui, estime M. Guilbeault, soulignant que son homologue allemand est issu d’un parti écologiste. « On ne parle pas à des fans des énergies fossiles. »

De « bons coups »

Les pays du G7 se sont aussi engagés à doubler le financement destiné à l’adaptation des pays en développement aux changements climatiques.

Il s’agit là d’un des « bons coups » des ministres Steven Guilbeault et Jonathan Wilkinson, estime Eddy Pérez, du Réseau action climat.

« Ils ont réussi à faire que le Canada, aux côtés de l’Allemagne, soit au cœur des efforts visant à faire en sorte que les riches pays pollueurs n’oublient pas leur engagement financier de 100 milliards de dollars annuels », affirme-t-il.

M. Guilbeault a également fait avancer la question du financement des pertes et dommages en faisant d’elle une question de coopération internationale, indique M. Pérez.

« La prochaine étape maintenant sera de tendre la main aux pays les plus vulnérables aux effets climatiques qui demandent depuis plusieurs années d’avoir cette discussion avec les grands pays pollueurs », estime-t-il.

Steven Guilbeault poursuivra sa tournée européenne en participant à deux rencontres sur le climat et l’environnement la semaine prochaine à Stockholm, en Suède.

Avec l’Agence France-Presse

Qu’est-ce que le G7 ?

Le Groupe des sept est un regroupement informel de pays considérés comme des économies avancées. Il regroupe l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, en plus de l’Union européenne. Le G7, qui n’a pas été fondé par un traité et ne dispose pas d’un secrétariat permanent, tient un sommet annuel et un certain nombre de rencontres ministérielles.

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  • 3,2 °C
    Augmentation prévue de la température moyenne de la Terre d’ici 2100 en fonction des engagements actuels
    Source : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat