Équiterre lance une campagne publicitaire dans l’objectif avoué de vous décourager d’acheter un véhicule utilitaire sport (VUS) au moment où les camions légers prolifèrent comme jamais.

Publié le 9 mai
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

« Un VUS parfait pour aller sur la Côte-Nord, mais tu vas juste sur la Rive-Nord », proclame l’une des publicités lancées par l’organisme à compter de lundi.

L’objectif de cette offensive publicitaire lancée au moment où les ventes de VUS et de camions légers atteignent des sommets dans la province est justement de sensibiliser les Québécois aux « conséquences que le choix d’un gros véhicule peut entraîner », indique Équiterre.

Car si les ventes de ces véhicules ont autant augmenté ces dernières années, c’est notamment parce qu’ils font l’objet de plus de publicité, puisqu’ils génèrent de plus grandes marges de profit pour les constructeurs, croit le groupe écologiste.

Ainsi, 79 % des publicités automobiles diffusées à travers le pays vantent des camions légers, selon une analyse menée par l’organisme.

Or, les publicités pour ces véhicules font étalage de leurs bénéfices, mais elles omettent souvent les désavantages de posséder un gros véhicule, explique l’analyste en mobilité chez Équiterre, Andréanne Brazeau.

« Un constat qu’on fait, c’est que, dans la publicité, on met de l’avant des concepts comme la sécurité pour les personnes à bord [des véhicules] dans des paysages de nature, etc., mais dans les faits, il y a beaucoup d’informations qui ne sont pas dites », explique-t-elle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Andréanne Brazeau

Plus cher et plus dangereux

Prix plus élevés, consommation d’essence gonflée, émissions de GES supplémentaires : toutes ces informations sont en effet laissées de côté dans les publicités liées aux VUS et autres types de camions légers. Qui plus est, des études ont aussi démontré un lien entre la taille des véhicules et les risques de décès des autres usagers de la route qu’ils pourraient de percuter, comme les piétons et cyclistes.

« Un VUS est deux fois plus souvent impliqué qu’une voiture dans un accident avec des piétons », rappelle d’ailleurs une autre des publicités qu’il sera possible d’entendre à la radio et qui emprunte l’accent des publicités de voitures déjà jouées en boucle.

Équiterre espère ainsi fournir « un guide d’autodéfense » aux personnes qui font le choix de ne pas acheter de VUS, car les arguments en faveur de ces gros véhicules sont nombreux et tenaces, indique Andréanne Brazeau.

Reconnaître le problème

L’analyste en mobilité précise également que cette campagne sera menée « en parallèle » avec plusieurs autres actions entreprises par Équiterre pour lutter contre la prolifération des gros véhicules sur les routes de la province.

L’organisme a d’ailleurs lancé, en novembre dernier, une pétition pour exiger du gouvernement fédéral qu’il s’engage à interdire la publicité de tous les véhicules à combustion interne d’ici 2025.

Mais les différents ordres de gouvernement doivent d’abord reconnaître que la prolifération des camions légers est « un problème », martèle Andréanne Brazeau. « Une fois qu’on reconnaît que c’est un problème, on peut se pencher sur la situation », dit-elle.

Entre 1990 et 2019, les ventes de VUS et de camions légers ont augmenté de 284 %, tandis que les ventes de voitures ont diminué de 29 % dans la province, indique l’édition 2021 de l’État de l’énergie au Québec.

En savoir plus

  • 15
    Nombre de VUS vendus pour chaque véhicule électrique en 2020 au Québec.
    Source : Équiterre
    55 %
    Part de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec entre 2015 et 2019 qui est attribuable à la hausse du nombre de camions légers.
    source : Équiterre