(Richmond) L’autocollant – affiché dans la porte et à la caisse du Café du Couvent – est discret, mais son message est clair : « Remplis Vert » signifie qu’il est ici possible de remplir sa bouteille d’eau gratuitement.

Publié le 2 mai
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Petit commerce établi dans un grand bâtiment de briques rouges datant de 1884, qui accueillait jadis des pensionnaires de la région de Richmond, le Café du Couvent est un participant de la première heure de l’initiative qui se répand maintenant partout au Québec.

Remplis Vert a pour simple objectif de réduire la consommation de bouteilles de plastique à usage unique, explique Mélodie Neveu. Elle a repris en 2020 avec sa mère, Marie-Ève Chapdelaine, l’initiative lancée l’année précédente par une famille de la ville voisine de Windsor, qui a déménagé à l’étranger.

« C’est un réseau de lieux publics et privés où tu peux remplir ta gourde », résume l’adolescente de 13 ans. Elle précise que tous les points d’eau participants sont répertoriés sur une carte interactive sur l’internet – une tâche déléguée à son jeune frère.

Bien sûr, il est théoriquement possible de demander de l’eau partout, mais l’habitude n’est pas ancrée en Amérique du Nord, constate Marie-Ève Chapdelaine.

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Le Café du Couvent, à Richmond, est l’un des premiers commerces qui se sont joints à l’initiative Remplis Vert.

« Les gens sont gênés d’aller dans les commerces [demander de l’eau], ils ont l’impression de quémander », dit-elle.

En s’affichant comme participant à Remplis Vert, les commerces contribuent à faire tomber « cette première barrière », explique celle qui travaille comme conseillère en développement durable chez Cascades.

Cafés, pharmacies, boutiques de vêtements

Remplis Vert ne se limite pas aux commerces alimentaires ; parmi les participants figurent des pharmacies, des dépanneurs, des centres d’entraînement ou des salles de spectacle, comme le Centre d’arts de Richmond, lui aussi établi dans l’ancien couvent.

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Mélodie Neveu, 13 ans, et sa mère Marie-Ève Chapdelaine, responsables de l’initiative Remplis Vert

« Ça n’a pas besoin d’être compliqué, on n’a pas besoin d’aller jouer dans la tuyauterie », lance Marie-Ève Chapdelaine, qui donne l’exemple d’une boutique de vêtements qui place simplement un pichet d’eau fraîche sur le comptoir.

La seule condition de participation pour les commerces consiste à ne rien exiger en échange d’un remplissage.

Avec des slogans amusants comme « Le remplissage, c’est sage », « Ne fais pas une bourde, apporte ta gourde » ou « Remplis ton verre, sauve ta Terre », Remplis Vert veut démocratiser le remplissage de bouteilles réutilisables, comme il est désormais courant de trimballer une tasse à café réutilisable dans un commerce.

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Marie-Ève Chapdelaine, coresponsable de l’initiative Remplis Vert

On veut que ça devienne trendy [tendance] de traîner une gourde !

Marie-Ève Chapdelaine, Remplis Vert

Des villes se joignent au mouvement

Après les commerces, Remplis vert a voulu élargir l’initiative aux lieux publics.

La famille Neveu-Chapdelaine s’est donc présentée au conseil municipal de Richmond pour présenter son projet et solliciter la participation de la Ville.

« Mes enfants étaient tellement stressés ! », se souvient Marie-Ève Chapdelaine.

Leur présentation a fait mouche, si bien que la Ville a embarqué, installé quatre fontaines extérieures et fait fabriquer des panneaux pour les annoncer.

Richmond a même obtenu la certification « communauté bleue », une campagne d’éducation et de sensibilisation coordonnée par l’organisme Eau Secours, qui invite les collectivités à s’engager pour la cause de l’eau.

Difficile pandémie

Né juste avant la pandémie, Remplis Vert a connu une croissance modeste, principalement en Estrie, en Montérégie, dans le Centre-du-Québec et en Mauricie.

« Avec la COVID, ce n’était pas facile, parce que presque tous les points de remplissage étaient fermés », lance Mélodie Neveu.

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Mélodie Neveu porte des boucles d’oreilles aux couleurs de l’initiative Remplis Vert.

Mère et fille espèrent que l’initiative se répandra maintenant plus rapidement, avec un peu d’aide.

« Ça prend souvent quelqu’un qui va nous ouvrir la porte de sa région, quand on n’est pas présents […], ça marche par contacts », explique Marie-Ève Chapdelaine, qui aspire à couvrir toute la Francophonie.

Il est déjà acquis que Remplis Vert traversera l’Atlantique pour atterrir en France, où un réseau de restaurateurs s’y est intéressé.

Remplis Vert a décliné des demandes du Canada anglais, faute de temps et de ressources, notamment pour la traduction, et a préféré s’allier à BlueW, une initiative similaire existante.

Car Remplis Vert est une petite organisation à but non lucratif (OBNL) qui aspire à le rester ; ses seuls revenus proviennent de la vente d’autocollants et ne couvrent guère plus que leurs coûts et les frais d’envoi postaux, expliquent la mère et la fille.

« On aimerait amasser un petit coussin pour faire de la promotion, pour mieux se faire connaître », souhaite tout de même Marie-Ève Chapdelaine, qui a fait une première demande de commandite en avril.

Une agence de communication de Drummondville donne aussi un coup de pouce à l’organisme, notamment pour la refonte toute récente de son site internet.

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    Nombre de points d’eau participant à l’initiative Remplis Vert
    source : Remplis Vert