« Il faut que le GIEC s’exprime plus fort qu’il ne l’a fait avant. » Ce sont les paroles lancées par Wolfgang Cremer, l’un des auteurs du plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Son message sera-t-il entendu ? Gros plan sur un rapport coup de poing qui a été dévoilé lundi.

Publié le 1er mars
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Que contient le rapport ?

Le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) s’intéresse aux impacts des changements climatiques ainsi qu’aux mesures d’adaptation. Il contient en réalité plusieurs documents préparés par des scientifiques provenant de plusieurs pays. On y retrouve entre autres des rapports spécifiques pour chacune des régions du monde.

Qui a préparé le rapport ?

90 scientifiques provenant de 36 pays ont contribué à la rédaction du sommaire de 36 pages destiné « aux décideurs ».

270 personnes provenant de 67 pays, aidées de 675 collaborateurs, ont préparé le rapport complet.

62 418 : Nombre de commentaires provenant d’experts et de représentants gouvernementaux que le GIEC a reçus avant la publication officielle du rapport

Les principaux constats

1,09 °C

La température moyenne sur la planète s’est déjà réchauffée de 1,09 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Des effets plus importants

PHOTO ASHRAF SHAZLY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

En septembre 2021, des pluies torrentielles ont inondé un camp de réfugiés dans le sud du Soudan.

L’étendue et l’ampleur des effets des changements climatiques sont plus importantes que prévu dans les précédentes évaluations du GIEC. Le rapport note qu’il y a déjà « des dommages substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles dans les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins de haute mer ».

Une vulnérabilité en hausse

« Depuis le RE5 [5e rapport d’évaluation du GIEC publié en 2014], il y a de plus en plus de preuves que la dégradation et la destruction des écosystèmes par les humains augmentent la vulnérabilité des personnes », peut-on lire dans le résumé pour les décideurs.

Certains messages assez forts [du rapport] ont été assez difficiles à avaler et à accepter par certains gouvernements.

Wolfgang Cremer, géographe et l’un des auteurs du rapport, lors d’une séance d’information destinée aux médias

3,6 milliards

Entre 3,3 et 3,6 milliards d’êtres humains vivent déjà « dans des contextes très vulnérables » aux changements climatiques.

15 fois plus de décès

PHOTO SAEED KHAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des résidants de Windsor – en banlieue de Sydney, en Australie – regardent une route engloutie par des inondations causées par des pluies torrentielles, le 23 mars dernier

Entre 2010 et 2020, les décès attribuables aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes ont été 15 fois plus élevés que dans les régions plus vulnérables que celles moins vulnérables. Les régions du monde les plus vulnérables sont l’ouest, l’est et le centre de l’Afrique, le sud de l’Asie, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, les îles dans les pays en développement et l’Arctique.

Santé physique et mentale

Les changements climatiques affectent déjà la santé physique et mentale de nombreuses populations partout dans le monde.

Nouvelles maladies

Des maladies humaines et animales, dont des zoonoses, font leur apparition dans de nouvelles régions.

Plusieurs risques inévitables

Selon le GIEC, plusieurs risques « sont inévitables à court terme, quel que soit le scénario d’émissions [de GES] ». Néanmoins, plusieurs d’entre eux pourraient être « modérés » avec des mesures d’adaptation. Mais dans un scénario où le réchauffement dépasserait 1,5 °C, plusieurs mesures d’adaptation face aux changements climatiques pourraient perdre leur efficacité, particulièrement pour les populations les plus vulnérables.

127 risques

Pour 127 risques clés identifiés par le GIEC, « les impacts évalués à moyen et long terme sont jusqu’à plusieurs fois plus élevés que ceux actuellement observés ».

20 %

PHOTO FABRICE COFFRINI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse, est recouvert par endroits de mousse isolante pour empêcher sa fonte causée par le réchauffement climatique, le 27 octobre dernier.

Avec un réchauffement de la température de 2 °C, la disponibilité de l’eau de fonte des neiges pour l’irrigation devrait diminuer jusqu’à 20 % dans certains bassins fluviaux qui dépendent de la fonte des neiges.

De plus en plus complexes

PHOTO JOSH EDELSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Sur cette photo prise en septembre 2021, le lac Oroville, l’un des des réservoirs les plus importants de la Californie, est frappé par un important épisode de sécheresse.

Plus le temps avance, plus les conséquences des changements climatiques seront nombreuses. Mais ce n’est pas tout, conclut le rapport. « Les impacts et les risques liés au changement climatique deviennent de plus en plus complexes et difficiles à gérer. »

Encore plus de GES

PHOTO NELSON ALMEIDA, ARCHICES AGENCE FRANCE-PRESSE

La forêt amazonienne a commencé à émettre plus de carbone qu’à en capturer.

Dans un scénario où la hausse de température moyenne dépasserait 1,5 °C, même de façon temporaire, certains effets pourraient entraîner l’émission de GES supplémentaires dans l’atmosphère.

Des progrès insuffisants

Des progrès ont été réalisés en matière d’adaptation aux changements climatiques, mais ceux-ci sont insuffisants, juge-t-on. Les mesures déployées sont trop souvent « à petite échelle » et « conçues pour répondre aux impacts actuels ou aux risques à court terme ». Les mesures déployées sont aussi davantage axées sur la planification que leur mise en œuvre.

La fenêtre se referme

Le rapport indique que la « fenêtre d’opportunités » se rétrécit rapidement pour faire face à l’urgence climatique. Une fois que la hausse moyenne des températures atteindra 1,5 °C, chaque pourcentage supplémentaire rendra l’adaptation plus difficile.