Un peu partout dans le monde, ce sont plus ou moins les mêmes facteurs qui expliquent la lenteur des différents gouvernements à déployer des mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques. En Amérique du Nord, il faut aussi compter sur la désinformation qui mine depuis des décennies le débat public.

Publié le 28 février
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

« La résistance à la science du changement climatique persiste dans le domaine public en Amérique du Nord, en dépit d’un consensus scientifique d’experts », signale le rapport dévoilé lundi. On indique que la « rhétorique et [les efforts de] sape de la science » ont contribué à l’incertitude et ont mené à « un soutien public polarisé, retardant les mesures d’atténuation et d’adaptation ».

Dans le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), c’est une section complète qui aborde la désinformation et le clivage dans le document consacré à l’Amérique du Nord.

« Il était à peu près temps qu’on reconnaisse ce problème [dans les rapports du GIEC]. Surtout que ça ne date pas d’hier », réagit Érick Lachapelle, professeur au département de science politique à l’Université de Montréal. Ce spécialiste de l’opinion publique et des politiques environnementales croit que ç’a été « une erreur stratégique » de négliger le phénomène.

On a pensé pendant longtemps que c’était [les changements climatiques] une question purement scientifique. Mais on se rend compte que les faits ne sont plus suffisants. Il faut aussi parler au public en fonction de leurs valeurs.

Érick Lachapelle, professeur au département de science politique à l’Université de Montréal

Le rapport du GIEC fait notamment référence à ExxonMobil et à son double discours. Comme d’autres grandes sociétés pétrolières, l’entreprise savait que les changements climatiques étaient causés par l’homme. Mais ExxonMobil a contribué à semer le doute dans le débat public pendant plusieurs décennies.

Affiliation politique

Le document souligne que « la rhétorique sur le changement climatique et l’affaiblissement de la science ont contribué à des perceptions erronées du consensus scientifique ». Ce clivage est particulièrement présent aux États-Unis, mais le Canada n’y échappe pas non plus, notamment dans les Prairies et en Alberta.

C’est d’ailleurs aux États-Unis que les doutes à l’endroit des changements climatiques sont les plus importants, selon une étude réalisée en 2018. « L’affiliation politique et la partisanerie contribuent à la polarisation sur les causes et l’état du changement climatique, notamment aux États-Unis », indique-t-on dans le rapport du GIEC.

Mais la situation pourrait changer. Selon le rapport, la génération des millénariaux est beaucoup moins affectée par le clivage, du moins en ce qui concerne les changements climatiques. « Ils montrent des niveaux relativement plus élevés de préoccupation et d’acceptation de la science du changement climatique que des groupes plus âgés. L’affiliation politique n’a pas un effet aussi fort sur leurs croyances en matière de changement climatique. »

Le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique à part

Par ailleurs, c’est au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique que la population est la plus convaincue de l’existence des changements climatiques. Aucun État américain, même démocrate, ne présente une telle adhésion à l’endroit du réchauffement de la planète.

Au Canada et au Mexique, les changements climatiques figurent au premier rang des « menaces planétaires », rappelle le GIEC, tandis qu’ils pointent au troisième rang aux États-Unis.