(Quito) Les autorités de l’Équateur tentaient dimanche de contenir une fuite de pétrole « de grande ampleur » sur un oléoduc dans une région de jungle amazonienne, où une importante rivière menace d’être polluée.

Mis à jour le 30 janvier
Paola LOPEZ Agence France-Presse

De fortes pluies ont provoqué en fin de semaine glissements de terrain et chutes de pierres, entrainant la rupture d’un oléoduc de transport de pétrole brut dans la zone de Piedra Fina.

L’incident a eu lieu vendredi à la frontière entre les provinces de Napo et Sucumbios, sur ce pipeline de 485 kilomètres, qui traverse quatre provinces, et est opéré par la société privée OCP (Oleoducto de Crudos Pesados).

À ce jour, ni le gouvernement ni l’OCP n’ont indiqué la quantité de pétrole déversée dans la nature.

Selon le gouvernement, le glissement de terrain a affecté « quatre tuyaux de l’infrastructure », qui transporte 160 000 barils de brut par jour depuis des puits pétroliers en pleine jungle.

PHOTO NICOLAS MAINVILLE/AMAZON FRONTLI, VIA REUTERS

Dans un tweet diffusé dimanche, le ministère de l’Environnement a indiqué « vérifier que les activités d’urgence, de nettoyage et d’assainissement dans la zone affectée se poursuivent correctement ». « Notre personnel technique continue d’être déployé dans le secteur de Piedra Fina ».

L’OCP « assume la responsabilité de cet évènement, causé par un cas de force majeure », a déclaré son président exécutif, Jorge Vugdelija.

Sources d’eau polluées

« Nous avons réalisé qu’il y avait eu un déversement de grande ampleur », a reconnu, dans une vidéo diffusée samedi, un responsable du ministère de Juan Pablo Fajardo, venu constater les dégâts sur le site de l’accident.

« Nous considérons qu’il y a eu des dommages aux sources d’eau et qu’il y a également eu des dommages à des tiers », a ajouté M. Fajardo.

Les autorités ont averti que la pollution pourrait atteindre « les environs de la rivière Coca et éventuellement des réserves d’eau voisines », dont dépendent plusieurs communautés indigènes.

L’OCP a par ailleurs annoncé que « le pompage du pétrole brut a été arrêté à titre préventif, et qu’il sera rétabli lorsque les conditions appropriées seront réunies », mais que cet arrêt n’a pas affecté les exportations.

Le comité des opérations d’urgence de la province de Napo a expliqué être intervenu pour distribuer de l’eau potable aux habitants de la zone.

Le gouvernement a diffusé des images de la fuite, de même que des travaux d’intervention, avec camions et bulldozers tentant de monter des palissades de terre. Ces images montrent des rochers recouverts de pétrole et une nappe noire au milieu de la végétation.

Érosion des sols

« Des actions de confinement ont été lancées pour éviter tout dommage environnemental, et des bassins de confinement du pétrole brut ont été aménagés pour empêcher tout type d’impact sur les sources d’eau », a expliqué l’OCP.

Deux oléoducs transportent le brut équatorien depuis les champs pétroliers amazoniens du nord-est du pays, vers les ports de la province d’Esmeraldas (nord-ouest), frontalière avec la Colombie sur la côte Pacifique : un oléoduc public (SOTE), à raison de 360 000 barils/jour, et l’oléoduc privé opéré par l’OCP (160 000 barils/jour).

En décembre, dans ce même secteur de Piedra Fina, l’OCP et la SOTE avaient dû toutes deux suspendre l’évacuation du pétrole, en raison de l’érosion des sols causée par une rivière, et construire des dérivés alternatifs à leurs oléoducs.

En mai 2020, encore dans cette zone, un glissement de terrain avait endommagé les deux oléoducs. L’équivalent de quelque 15 000 barils s’étaient déversés dans trois rivières, touchant des populations aux alentours.

L’Équateur dispose d’importantes ressources en pétrole, surtout en zone amazonienne, avec un fort impact environnemental, et le pétrole est son principal produit d’exportation (via principalement l’entreprise publique Petroecuador). Entre janvier et novembre 2012, le pays a produit une moyenne de 494 000 barils/jour.

Entre 1960 et 1990, Texaco, une filiale de Chevron, avait exploité ces réserves pétrolières en forêt amazonienne et avait été accusée d’avoir détruit une partie de la forêt et déversé délibérément des millions de tonnes de déchets toxiques en pleine jungle ou dans les fleuves, sur plusieurs centaines de sites.