Boire de l’eau dans une bouteille réutilisable pour éviter les bouteilles jetables, c’est une bonne idée. Mais que faire si on n’a pas envie de boire de l’eau… plate ? La Ville de Québec teste une fontaine nouveau genre, pour contourner cet obstacle.

Publié le 10 janvier
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Blanche, lumineuse, affichant des quartiers d’agrumes sur un grand écran, la nouvelle fontaine d’eau du Grand Marché de Québec ne passe pas inaperçue.

Mais son apparence n’est pas la seule chose qui la distingue des habituelles fontaines peu invitantes des lieux publics, au débit et à la température variables ; en plus de l’eau fraîche, elle offre de l’eau pétillante, aromatisée, vitaminée ou encore contenant des électrolytes.

« Ça évite non seulement les bouteilles jetables d’eau ordinaire, mais ça permet aussi à la personne qui avait le goût [d’un autre type d’eau] de se servir à même sa gourde sans avoir à acheter une bouteille de plastique », explique Cynthia Legault, conseillère en environnement à la Ville de Québec.

C’est bien là l’objectif de l’administration municipale : élargir les possibilités de réduction des bouteilles à usage unique en donnant aux gens le goût de boire de l’eau. Toutes sortes d’eau.

La capitale a ainsi mis sur pied un projet pilote pour mesurer l’efficacité de cette approche, en faisant l’acquisition de deux de ces distributrices par l’entremise d’un programme de subvention de la Société québécoise de récupération et de recyclage (RECYC-QUÉBEC) – le second appareil a été installé au centre communautaire Lucien-Borne, dans le quartier Montcalm.

En quatre mois, de la fin de juillet à la fin de novembre, les deux appareils ont effectué quelque 10 000 remplissages, évitant l’utilisation d’autant de bouteilles à usage unique.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE QUÉBEC

Cynthia Legault, conseillère en environnement à la Ville de Québec

On avait comme objectif 100 utilisateurs par mois. On dépasse nettement nos objectifs de loin.

Cynthia Legault, conseillère en environnement à la Ville de Québec

Dans quelque 75 % des cas, les utilisateurs ont opté pour de la simple eau fraîche, offerte gratuitement, tandis que les autres types d’eau – dont le coût oscille entre 1,50 $ et 2,50 $ selon le format de la bouteille, peu importe le nombre d’options choisies – ont représenté 25 % des remplissages.

Machine québécoise

Les fontaines en question ont été conçues par Kupa Station, toute jeune entreprise de Saint-Henri, près de Lévis.

Fondée en 2020, Kupa Station a installé jusqu’à maintenant une dizaine de ses fontaines au Québec, dans des lieux publics ou privés, comme des entreprises.

L’idée de proposer différents types d’eau est d’abord venue de la volonté d’offrir gratuitement l’eau fraîche, explique Annie Couture, présidente et cofondatrice de Kupa Station.

« Ça permet de rentabiliser l’appareil », explique-t-elle.

PHOTO CAROLINE GRÉGOIRE, LE SOLEIL

En plus de l’eau fraîche, la borne offre de l’eau pétillante, aromatisée, vitaminée ou encore contenant des électrolytes.

Et ça a produit un bénéfice collatéral : amener les gens à boire plus d’eau et, donc, éliminer davantage de bouteilles à usage unique.

« Ce n’est plus juste les bouteilles d’eau ordinaire [qu’on élimine], c’est toutes les bouteilles qu’on voit sur le marché », lance la cheffe d’entreprise.

L’eau devient plus attrayante pour ceux qui n’ont pas envie de boire de l’eau. C’est sûr qu’on a envie de boire de l’eau quand on a tous ces choix dans le même appareil.

Annie Couture, présidente et cofondatrice de Kupa Station

À la lumière du succès remporté par ses deux fontaines, la Ville de Québec évaluera la possibilité d’en acquérir de nouvelles, indique Cynthia Legault, qui encourage d’autres organisations publiques ou privées à s’en procurer.

Elle donne l’exemple des centres d’entraînement, où sont consommées beaucoup de boissons hydratantes de type Gatorade vendues dans des bouteilles de plastique, que l’eau additionnée d’électrolytes et d’une saveur fruitée offerte par la fontaine de Kupa Station peut remplacer.

Financement

PHOTO CAROLINE GRÉGOIRE, LE SOLEIL

L’appareil peut aussi générer des revenus en diffusant de la publicité sur son écran.

Les fontaines d’eau de Kupa Station se détaillent 10 000 $, ce qui n’est pas à la portée de toutes les organisations. C’est pourquoi l’entreprise les propose aussi en location.

« Notre modèle d’affaires est très souple », explique Annie Couture, qui dit être encore en tarin d’évaluer de quelle manière répondre aux différents besoins de sa clientèle, n’excluant pas de trouver une solution à coût nul.

Outre les options payantes offertes par la fontaine, l’appareil peut aussi générer des revenus en diffusant de la publicité sur son écran, illustre-t-elle.

Deux programmes de subvention de RECYC-QUÉBEC visant la réduction des déchets à la source peuvent aussi aider à faire l’acquisition de fontaines d’eau, indique l’organisme, qui rappelle que 500 000 tonnes de plastique sont enfouies, chaque année, au Québec.

9868

Nombre de bouteilles jetables « évitées » par l’utilisation des deux fontaines Kupa de la Ville de Québec de juillet à novembre 2021

Source : Ville de Québec

Écrivez-nous pour faire partager vos « idées vertes »