Si le Québec a un plan et des objectifs pour lutter contre les changements climatiques, on ne peut en dire autant en matière de protection de la biodiversité. C’est du moins l’avis de plusieurs organisations et experts québécois qui proposent un « Plan Sud » pour accélérer la protection des milieux naturels au sud du 49parallèle.

Publié le 1er déc. 2021
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

C’est un véritable changement de paradigme que proposent les auteurs du Livre blanc pour la protection de la biodiversité au sud du 49parallèle, qui a été dévoilé mercredi. D’entrée de jeu, on rappelle que la crise climatique et la perte de biodiversité à l’échelle planétaire ne peuvent plus être abordées de manière distincte. « Ces deux crises sont profondément liées », rappelle Andrew Gonzalez, titulaire de la Chaire Liber Ero en biologie de conservation de l’Université McGill. Par exemple, on sait maintenant qu’une bonne partie des réductions de gaz à effet de serre (GES) seraient obtenues grâce à des solutions fondées sur la nature.

« La lutte contre les changements climatiques a une décennie d’avance sur la crise de la biodiversité », signale Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, qui invite le gouvernement du Québec à déployer un plan stratégique pour la biodiversité le plus rapidement possible.

Quelque 200 intervenants et experts

Fruit d’une consultation auprès de 200 intervenants et experts, le rapport d’une trentaine de pages a été préparé par un groupe de travail formé du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec, le Centre de la science de la biodiversité du Québec (CSBQ), la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, la Chaire Liber Ero en biologie de conservation de l’Université McGill et le Réseau de milieux naturels protégés.

Le plan proposé est costaud et contient plusieurs recommandations qui ont pour point de départ de « repenser notre rapport à la nature et reconnaître que le territoire est une ressource limitée ». Dans le sud de la province, le document rappelle que les écosystèmes se dégradent à grande vitesse depuis plusieurs années. L’étalement urbain s’est notamment accéléré depuis le début des années 70 et la presque totalité de la superficie des milieux humides dans la région de Montréal a disparu.

Selon le groupe de travail, il faut un plan stratégique avec des objectifs chiffrés et des moyens pour y arriver. « C’est une feuille de route qu’on propose et ce sera notre rôle, comme groupe de travail, de suivre le travail du gouvernement, note Jérôme Dupras. On sera là pour souligner les bons coups et mettre en garde quand il y aura de moins bons coups. »

Dans une allocution préenregistrée, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, a félicité le groupe de travail pour son « document étoffé » « J’ai beaucoup d’intérêt pour la publication de ce livre blanc », a-t-il assuré, rappelant que des « efforts particuliers restent à faire au Sud » pour protéger la biodiversité et les milieux naturels.

Le ministre a dit souhaiter que le livre blanc trouve écho dans plusieurs stratégies gouvernementales, dont la prochaine Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire qui doit être annoncée au printemps 2022.

Consultez le rapport

40

Le rapport propose une quarantaine de recommandations au gouvernement du Québec.

200

Le groupe de travail a consulté quelque 200 experts et intervenants pour rédiger son « Plan Sud ».

Source : Livre blanc pour la protection de la biodiversité au sud du 49parallèle