(Marseille) « Un écocide », « une catastrophe écologique » : à Marseille, élus comme riverains constataient mardi, effarés, les conséquences des pluies torrentielles qui ont charrié des tonnes de déchets sur les plages et en mer, relançant au passage le débat sur la propreté de la ville.

Julie PACOREL Agence France-Presse

Sur la plage de l’escale Borély, dans le sud de la ville, des milliers de canettes jonchent le sable. Sur les monticules de plastique, gravats et pneus déversés par les pluies torrentielles, des riverains volontaires s’activent, ramassant même quelques rats morts.

« C’est fréquent à Marseille, tous les ans, à la même période, on a des échouages de déchets avec les pluies, mais là, en plus, il y a eu la grève des éboueurs, des montagnes de déchets partout, il y a eu du vent, les sacs étaient éventrés… », explique à l’AFP Isabelle Poitou, biologiste à la tête de l’association MerTerre.

Entre dimanche et lundi, « l’équivalent de plusieurs mois de pluie » s’est abattu sur Marseille selon Météo-France. Le fleuve Huveaune, en crue, a débordé de son lit et emporté des tas de détritus, y compris des bouteilles de gaz, des frigos, des pièces d’automobiles…

« Des images d’horreur », dénonçait mardi l’adjointe au maire de Marseille à l’Environnement Christine Juste, devant la presse : « Voilà un an que nous travaillons à changer l’image de Marseille […] et là elle est abimée ».

A l’origine du désastre, selon sa collègue Mathilde Chaboche, adjointe à l’Urbanisme, « une politique de gestion foncière complètement anachronique ». Sous les mandatures précédentes, accuse-t-elle, « on a continué à bétonner de partout », oubliant « complètement que la nature avait besoin d’espace où l’eau puisse s’écouler ».

C’est aussi « une question de tuyaux », ajoute-t-elle, Marseille manquant cruellement « d’un réseau d’évacuation des eaux pluviales ».

« Politique de caniveau »

Les élus municipaux accusent la métropole, en charge de la propreté et de la gestion des déchets, de ne pas avoir su anticiper cet épisode météorologique certes exceptionnel mais prévisible, en faisant ramasser les ordures en urgence dans le week-end du fait de la grève, même si tous les agents n’ont pas repris le travail.

« La deuxième ville de France se doit de récupérer ses compétences à la fois pour la propreté, la voirie et les déchets », affirme Mme Juste, estimant que contrairement aux autres métropoles en France, celle d’Aix-Marseille-Provence n’a pas « un vrai projet métropolitain ».

« Se servir d’une catastrophe naturelle pour faire de la politique de caniveau, c’est indigne d’élus responsables », ont répondu les élus de la majorité de droite à la métropole dans un communiqué. Sur Twitter, Martine Vassal, présidente LR de la métropole, a assuré photos à l’appui que les agents étaient « au travail » et nettoyaient les plages.

Loin des polémiques, sur les plages, associations et riverains continuaient de s’affairer mardi, craignant le Mistral annoncé dans les jours à venir qui pourrait ramener d’autres déchets encore.

« A cause du vent et des vagues, le nettoyage va devoir se prolonger sur plusieurs jours et j’appelle toutes les bonnes volontés à grossir les rangs des bénévoles associatifs car chaque déchet ramassé compte », a demandé le maire des 6e et 8e arrondissements Pierre Benarroche.

En mer, les marins-pompiers de Marseille ont initié une surveillance aérienne des côtes pour repérer les pollutions et organiser leur ramassage. De nombreuses aires marines protégées sont situées au large de Marseille, notamment dans le parc national des Calanques, le plus visité de France, aux portes de la ville.