(Dolbeau-Mistassini) Recycler, c’est bien. Mais réduire la quantité de matières à recycler, c’est encore mieux. Au terme d’une démarche d’« écoconception », la Chocolaterie des Pères trappistes a amélioré l’empreinte écologique de ses emballages, réduisant au passage ses émissions de GES et réalisant des économies.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Dans les petits pots, les meilleurs onguents, dit l’adage. Et dans les petites boîtes, les meilleurs bleuets enrobés de chocolat ? Certainement ceux ayant la plus petite empreinte écologique, en tout cas ! Car qui dit plus petit emballage dit moins de matière à fabriquer, à transporter et, ultimement, à recycler.

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Marie-Claude Gay, coordonnatrice du marketing et du tourisme de la Chocolaterie des Pères trappistes de Mistassini.

La Chocolaterie des Pères trappistes de Mistassini, dont la notoriété des produits dépasse largement le Lac-Saint-Jean, a repensé ses emballages avant la pandémie. « Les Pères, ça fait partie de leurs valeurs de base de ne pas surconsommer ; ils n’accepteraient pas qu’on ait un super gros impact environnemental », explique Marie-Claude Gay, coordonnatrice du marketing et du tourisme de l’entreprise jeannoise.

Deux emballages ont subi une cure minceur, dont celui des célèbres bleuets enrobés de chocolat, qui est passé de quatre composantes à deux, en se départissant de sa pellicule de plastique transparente et de son rabat. Le carton, fait de matières recyclées, a également été aminci pour les deux types de boîtes qui ont été repensées. Résultat : la quantité de matière requise a diminué de 28 %, ce qui a permis à la petite entreprise de réduire de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES), calcule-t-elle.

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Le nouvel emballage des célèbres bleuets enrobés de chocolat des Pères trappistes de Mistassini, à côté de l’ancien. Deux des quatre composantes ont été enlevées : la pellicule plastique transparente et le rabat en carton.

Cette transformation a permis de réaliser des économies sur l’achat des emballages… et leur récupération, puisque les entreprises québécoises qui mettent des produits en marché doivent financer la collecte sélective en fonction du poids des matières qui y aboutissent. Elle a aussi généré des économies par un gain de productivité, en réduisant le travail requis sur la chaîne de production. C’était d’ailleurs pour ça que l’entreprise s’était lancée dans la refonte de ses emballages, reconnaît sans détour Dominique Genest, codirecteur général et copropriétaire.

PHOTO FOURNIE PAR LA CHOCOLATERIE DES PÈRES TRAPPISTES

Dominique Genest, codirecteur général et copropriétaire de la Chocolaterie des Pères trappistes

La motivation initiale, ce n’était pas l’environnement, dit-il. Mais à partir du moment où on a décidé de le faire, c’est clair qu’on s’est dit que tant qu’à y être, on va faire le maximum qu’on peut faire [sur le plan écologique].

Dominique Genest, codirecteur général et copropriétaire de la Chocolaterie des Pères trappistes

Concevoir des emballages et des contenants ayant le plus petit impact écologique possible porte un nom : l’écoconception.

La fabrication d’emballages a évidemment un impact sur l’empreinte écologique (d’où l’intérêt de réduire au minimum la quantité de matière qui les compose), mais leur disposition après usage pèse aussi lourd dans la balance. Si les emballages ne sont pas réutilisables, il faut qu’ils soient facilement recyclables.

Et ce qui est le plus facile à recycler, ce sont des emballages composés d’un seul type de matière, explique Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations à la Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec). Elle donne l’exemple d’une boîte de pâtes alimentaires en carton avec « une petite fenêtre en plastique » qui permet de voir le produit. « Au centre de tri, ce sera envoyé dans des ballots de carton plat, explique-t-elle. Le carton pourra être recyclé, mais la fenêtre de plastique va se retrouver au rejet. »

L’écoconception doit prendre en compte tous les paramètres liés au cycle de vie d’un produit, comme son transport, ce qui peut avantager les matières moins lourdes. Elle peut même s’intéresser à l’encre et à la colle des étiquettes. Mais ce n’est pas le cas au Québec, qui accuse un certain retard dans le domaine de l’écoconception, explique Mme Langlois-Blouin.

« La France est beaucoup plus avancée que nous, notamment dans sa tarification pour les emballages et les contenants mis en marché », dit-elle, évoquant des « bonus » et des « malus » qui donnent des « signaux clairs » à l’industrie sur ce qu’il faut favoriser ou éviter. Les choses sont toutefois appelées à changer, notamment avec la réforme de la collecte sélective, qui entrera progressivement en vigueur en 2022, au Québec.

Déjà, des mesures incitatives existent pour amener les entreprises à améliorer leurs contenants et emballages : le Fonds Écoleader peut financer la planification et Recyc-Québec, la réalisation. De son côté, Éco Entreprises Québec (EEQ) offre également un service d’accompagnement pour les entreprises qui veulent se lancer dans une démarche d’écoconception. C’est l’organisme qui représente les entreprises qui fabriquent et vendent sur le marché québécois contenants, emballages et imprimés (et qui finance la collecte sélective).

EEQ a d’ailleurs accompagné la Chocolaterie des Pères trappistes de Mistassini dans sa démarche… et pourrait le faire à nouveau, puisque Dominique Genest ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Je pense que pour les bleuets, on pourrait encore faire un bout », dit-il. Il reconnaît dans la foulée avoir « du chemin à faire » concernant les emballages des chocolats de Pâques.

Le jeu en vaut la chandelle, croit-il, ajoutant qu’il est « un peu normal » que les entreprises doivent payer pour financer la collecte sélective en fonction du volume de matières qu’elles génèrent. « Ce sont des frais sur lesquels tu as un certain pouvoir, dit-il. C’est le fun, ça stimule l’innovation, c’est bon pour l’environnement, et la beauté de tout ça, c’est qu’on peut avoir un impact. »