(Kahnawake) Sceau et pince télescopique à la main, des résidents de Kahnawake se sont de nouveau réunis samedi matin pour ramasser les déchets jonchant le sol de l’île Tekakwitha, mais pour la première fois ils ont pu compter sur une équipe de plongeurs pour nettoyer les eaux.

Frédéric Lacroix-Couture La Presse Canadienne

Vélo pour enfant, petite hélice et ancre de bateau ainsi que des hameçons, un couvercle d’égout, des morceaux de bois et de métaux sont quelques-unes des trouvailles faites dans les profondeurs de la baie, formée par la voie maritime du fleuve Saint-Laurent.

« C’est un espace public pour notre communauté et tout le monde vient ici. Nous voyons toujours beaucoup de déchets et l’eau ici n’a jamais été nettoyée. Il y a beaucoup d’activités locales, donc nous étions certains de trouver des choses », a exposé la directrice générale de la protection de l’environnement chez Kahnawake Environment Protection Office, Onawa Jacobs.

Chaque printemps, des membres de la communauté mohawk participent à une corvée de nettoyage. Cette fois-ci, ils étaient accompagnés de sept plongeurs d’Urban Water Odyssey, chapeauté par la cinéaste et exploratrice Nathalie Lasselin, pour mener des recherches fluviales.

La qualité de l’eau de l’île Tekakwitha, située sur la Rive-Sud de Montréal, semblerait assez bonne. Depuis quelques années, l’endroit fait d’ailleurs l’objet d’un projet de restauration afin notamment d’améliorer le débit de l’eau et réduire les sédiments.

« Tous les plongeurs me disent qu’il y a beaucoup de poissons et la visibilité est relativement bonne. C’est un parc qui est très grand, donc on n’aura pas une grande concentration d’objets », a relaté Mme Lasselin, qui a fait du repérage avant la venue des plongeurs.

Urban Water Odyssey effectuait samedi sa 20e opération de nettoyage depuis son lancement en 2018. Chaque nettoyage, les plongeurs ont l’habitude de recueillir des cannes à pêche, des statuettes hindoues, des vélos, chaises et barres de métal, a évoqué Mme Lasselin.

Cette « Opération nettoyage 360 degrés » se faisait aussi en collaboration avec la Mission 1000 tonnes et le Groupe de recommandations et d’actions pour un meilleur environnement (GRAME) dont les bénévoles s’activaient sur les berges avec des membres de la communauté autochtone.

Ils ont principalement récupéré des cannettes, des bouteilles, du plastique et des gobelets de café. « Mais de manière générale, l’endroit est quand même très propre. Ça me fait chaud au cœur de voir que l’espace et l’environnement sont plus propres que d’autres endroits où la Mission est allée », a constaté Karine Cloutier, ambassadrice pour la Mission 1000 tonnes.

La quarantaine de participants ont enlevé 627 kg du fleuve et des berges. L’Opération nettoyage 360 degrés a ainsi dépassé son objectif de 10 tonnes fixé il y a quelques années.

Présents avec leurs enfants, Will White et Lynn Jacobs ramassaient avec un aimant des clous à un endroit où sont souvent allumés des feux de camp. Ils participent régulièrement aux corvées printanières et prennent parfois eux-mêmes l’initiative de venir ramasser des déchets.

« En groupe, c’est plus facile. Ça fait une grosse différence. Nous devons faire attention à tout ce que nous avons comme communauté. Juste laisser trainer des déchets, ce n’est pas une bonne chose », a fait valoir M. White.

Travail de sensibilisation

Au-delà de retirer des déchets, la corvée de nettoyage représente aussi une occasion de sensibiliser la population et d’inciter d’autres personnes à faire leur part.

« Chaque fois qu’on va dans un parc avec des plongeurs, ça attire les gens et les curieux. Ils sont toujours hyper étonnés de voir qu’il y a autant de déchets et une aussi grande variété sous la surface. Ça marque également l’imaginaire. Je pense que notre travail de sensibilisation est là aussi », a souligné Catherine Houbart, directrice générale du GRAME.

Selon elle, les déchets laissés dans les cours d’eau peuvent affecter la qualité de l’eau potable, la faune aquatique ainsi que l’accès sécuritaire aux berges pour se baigner.

« Ce qu’on trouve dans l’eau, ça n’a pas toujours été lancé là par mauvaise foi. Veux, veux pas où il y a de l’activité humaine, on laisse des traces, et parfois malgré nous. C’est pour ça que d’une manière ou d’une autre, on a un impact en venant nettoyer », a déclaré Mme Houbart.

D’autres grandes opérations de nettoyage auront lieu au cours de l’été et de l’automne dans le Grand Montréal.