(Sutton ) Baignoires, machines à laver, abris d’auto, vieux conteneurs : dans les collines verdoyantes de Sutton, un fermier de famille transforme ces objets hors d’usage pour rendre son entreprise plus efficace, écologique et rentable.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Le paysage bucolique des Cantons-de-l’Est défile derrière le pare-brise. Un cerf détale dans une clairière à l’approche de la voiture. Les champs alternent avec les bois et de solides maisons de campagne dissimulées au détour des talus.

La ferme biologique des Potagers des nues mains, membre du Réseau des fermiers de famille, se situe à 7 kilomètres du centre de Sutton. L’endroit est un véritable repaire de patenteux. L’ancienne ferme porcine réaménagée (et désinfectée, précise le propriétaire Yan Gordon) fournit près de 200 paniers biologiques hebdomadaires aux habitants de la région, en plus de distribuer ses produits dans trois marchés publics.

La Presse vous propose une visite au fil des légumes… et des inventions qui permettent de mieux les cultiver.

Une baignoire pour la laitue

Pour laver la laitue en grande quantité, rien de mieux que d’anciennes baignoires, bien nettoyées. À côté, des paniers, installés dans deux machines à laver industrielles, permettent d’en essorer les feuilles. Ce système ingénieux est conforme aux normes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’​Alimentation du Québec (MAPAQ), assure l’agriculteur.

  • Aux Potagers des nues mains, des baignoires servent à laver la laitue.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Aux Potagers des nues mains, des baignoires servent à laver la laitue.

  • Baratte permettant de laver les légumes racines, construite aux Potagers des nues mains

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Baratte permettant de laver les légumes racines, construite aux Potagers des nues mains

  • Yan Gordon, propriétaire des Potagers des nues mains, montre une machine à laver industrielle transformée en essoreuse à pommes de terre.

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    Yan Gordon, propriétaire des Potagers des nues mains, montre une machine à laver industrielle transformée en essoreuse à pommes de terre.

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Sur des fermes de petite et moyenne envergure, les machineries industrielles sont juste trop grosses pour nos besoins, et il n’existe rien entre l’industriel et l’artisanal.

Yan Gordon, propriétaire des Potagers des nues mains

Pour pallier ce besoin, il participe depuis des années au comité autoconstruction de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPE), qui chapeaute le Réseau des fermiers de famille.

À l’entrée de la ferme se trouve également une baratte construite aux Potagers des nues mains, qui permet de laver les légumes racines comme les pommes de terre, les carottes, les betteraves et les topinambours.

Des conteneurs tout usage

Des conteneurs industriels (de grade alimentaire) recyclés sont utilisés à plusieurs endroits sur la ferme. À l’entrée du terrain, l’un de ces conteneurs sert en alternance d’entrepôt, de séchoir à ail et de chambre froide. Tout près, une remorque de 45 pi (13,72 m) a été convertie en salle pour faire germer des pousses de tournesol, entre autres. Des ventilateurs d’ordinateur réutilisés permettent aussi d’évacuer le surplus de chaleur causé par les tubes fluorescents. Ce bâtiment est impossible à assurer, à cause de la moiteur nécessaire aux pousses, explique M. Gordon. Il ne souhaite donc pas investir dans une construction plus coûteuse.

  • Une remorque transformée en salle de pousse aux Potagers des nues mains. L’équipe a cueilli les pousses de tournesol le jour du reportage.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Une remorque transformée en salle de pousse aux Potagers des nues mains. L’équipe a cueilli les pousses de tournesol le jour du reportage.

  • Yan Gordon montre les pousses cueillies le matin du 29 juin.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Yan Gordon montre les pousses cueillies le matin du 29 juin.

  • Yan Gordon à l’entrée du conteneur recyclé qui lui sert en alternance de chambre froide, de séchoir à ail et de salle d’entreposage.

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    Yan Gordon à l’entrée du conteneur recyclé qui lui sert en alternance de chambre froide, de séchoir à ail et de salle d’entreposage.

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Le règlement de zonage de la Ville de Sutton n’autorise pas « l’emploi de conteneur comme bâtiment principal ou accessoire ». Il le permet toutefois pour des usages publics. Au début de la pandémie, à la suite d’une plainte faite à la Ville, M. Gordon a dû arrêter la construction d’un garage fait à partir de deux conteneurs et d’un dôme en métal. On lui a aussi demandé de se départir des autres conteneurs et des roulottes qu’il utilise pour loger ses employés. Le litige concernant la présence de conteneurs à la ferme est toujours en cours.

Des tomates sous des abris d’auto

À l’entrée d’un champ, il est possible d’apercevoir de grandes serres. En y regardant de plus près, on se rend compte que plusieurs d’entre elles sont construites à partir d’abris Tempo recyclés. Pour protéger ses rangs de tomates, M. Gordon donne une deuxième, voire une troisième vie aux structures métalliques. Mis bout à bout et couverts de toiles de plastique, ces abris d’auto se transforment en tunnels qui protègent les plants du vent tout en augmentant la chaleur. Le système permet de cultiver 50 % plus de fruits rouges que dans un champ, selon M. Gordon.

  • Yan Gordon montre les plants de tomates, dans des serres faites à partir d’abris d’auto réutilisés.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Yan Gordon montre les plants de tomates, dans des serres faites à partir d’abris d’auto réutilisés.

  • Les abris d’auto ont trouvé un nouvel usage.

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    Les abris d’auto ont trouvé un nouvel usage.

  • Yan Gordon est bien fier de sa récupération.

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    Yan Gordon est bien fier de sa récupération.

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« Les tomates sont vraiment sensibles. Quand il y a une toile par-dessus, ça empêche l’eau de toucher aux feuilles, la terre de les éclabousser, donc il y a moins de maladies et tu as un meilleur rendement par plant », explique-t-il.

Les abris sont achetés à bas coût ou échangés contre des légumes. Certains sont donnés par des abonnés de la ferme : « Ils disent : “Tiens, je vais changer mon abri, viens le chercher”, raconte Yan Gordon. Moi, j’offre le service de les débarrasser ! » Il a accumulé ainsi 13 ou 14 structures, qu’il répare au besoin.

  • Yan Gordon montre son tracteur électrique, fait notamment à partir de pièces de Volkswagen.

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    Yan Gordon montre son tracteur électrique, fait notamment à partir de pièces de Volkswagen.

  • Yan Gordon souhaite développer une serre hydroponique, dans un ancien enclos transformé en étang.

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    Yan Gordon souhaite développer une serre hydroponique, dans un ancien enclos transformé en étang.

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D’autres projets qui sortent de l’ordinaire sont conçus sur la ferme, comme une serre hydroponique dans un ancien enclos transformé en étang. Un tracteur électrique a été fait à partir des pièces d’une Volkswagen et des morceaux de machinerie sont aussi destinés à être réassemblés en matériel de désherbage.

Au fil des ans, Yan Gordon croit avoir économisé entre 200 000 $ et 300 000 $ grâce à la réutilisation. « Il faut quand même se rendre compte des statistiques, de combien un agriculteur gagne par heure, et lui permettre de s’arranger avec les moyens du bord », soutient celui qui est diplômé en sciences végétales à l’Université McGill.