On savait déjà que le réchauffement du climat allait occasionner d’importants changements pour la navigation maritime dans l’Arctique. Or, selon une nouvelle étude menée par des scientifiques d’Environnement Canada, il sera possible de naviguer pendant une partie de l’année par le passage du Nord-Ouest et le « pont de l’Arctique » si le réchauffement moyen de la planète dépasse les 2 degrés, un scénario de plus en plus plausible.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

« Le trafic maritime mondial transite principalement par les canaux de Panama et de Suez, mais la réduction des glaces de mer due au changement climatique devrait augmenter la navigabilité à travers l’Arctique via le passage du Nord-Ouest, la route maritime du Nord et la route maritime transpolaire », signale d’entrée de jeu le rapport qui a été publié dans la revue Nature Climate Change.

« Un Arctique plus accessible créera de nouvelles possibilités pour des routes commerciales maritimes nordiques plus courtes et potentiellement plus économiques imaginées par les dirigeants mondiaux depuis des siècles », ajoute-t-on.

« C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle, précise Lawrence Mudryk, scientifique à Environnement Canada en entrevue avec La Presse. De nouvelles routes vont s’ouvrir, mais il y aura des risques. Il y aura aussi plus de navires, ce qui veut dire qu’il y aura plus de pollution et aussi plus de bruit, ce qui affectera les mammifères marins. »

Jusqu’à 300 jours par année en mer de Beaufort

L’étude évalue trois scénarios et ses conséquences pour la navigation dans l’Arctique, soit un réchauffement de 1, 2 et 4 degrés. Or, si l’objectif est de maintenir ce réchauffement sous les 2 degrés en vertu de l’accord de Paris, l’Organisation des Nations unies estime que la planète se dirige plutôt vers un réchauffement de 3 degrés par rapport à l’ère préindustrielle.

Avec un réchauffement de 2 degrés, la navigation serait possible en mer de Beaufort entre 100 et 200 jours par année. À 4 degrés, les navires auraient accès à cette zone entre 200 et 300 jours annuellement. Mais l’aventure ne sera pas sans risque, signale l’étude, qui parle même « d’un risque élevé » pour les compagnies maritimes qui seraient prêtes à y faire passer leurs navires. Ceux-ci devront notamment faire face à la présence de glaces mobiles, même avec un réchauffement de l’ordre de 4 degrés.

Les chercheurs ont utilisé plusieurs simulations à partir d’un modèle climatique en tenant compte de la taille de quatre catégories de bateaux susceptibles de naviguer dans l’Arctique pour obtenir leurs résultats. Si les conclusions semblent favorables à une hausse du trafic maritime, les auteurs rappellent néanmoins qu’il faudra s’y aventurer avec prudence.

« Alors que moins de glace projetée dans le passage du Nord-Ouest pourrait faciliter une augmentation du trafic maritime, une approche prudente est justifiée en ce qui concerne l’utilisation pratique et sûre du passage du Nord-Ouest comme corridor de transport », conclut d’ailleurs l’étude.

Le passage maritime dans l’Arctique constitue un enjeu politique et stratégique pour le Canada, qui défend d’ailleurs sa souveraineté dans ce secteur, notamment face à la Russie qui ne cache pas ses ambitions.

Une version précédente de ce texte indiquait que les chercheurs ont utilisé différents modèles climatiques. Or, ce sont plusieurs simulations à partir du même modèle qui ont été utilisées.