La chenille spongieuse, que l’on distingue à ses points bleus et rouges alignés sur son dos, a envahi de nombreuses régions du Québec au cours des derniers jours. Le problème ? Elle dévore tout sur son passage.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

En progression vers le nord

Contrairement au nord-est des États-Unis et à l’Ontario, le Québec demeure pour le moment essentiellement épargné par les épidémies dévastatrices de chenilles spongieuses. La situation pourrait toutefois changer dans les prochaines années. « L’année dernière, dans le sud de l’Ontario, il y a eu plus de 600 000 hectares qui ont été touchés par des épidémies », dit Sandrine Picq, chercheuse scientifique à Ressources naturelles Canada au Service canadien des forêts. En 2019, la défoliation causée par la spongieuse se chiffrait à 47 203 hectares en Ontario soit 12 fois moins. « On peut s’attendre à ce que dans les prochaines années, avec les changements climatiques, il y ait de plus grosses périodes d’épidémie, surtout dans le sud du Québec », affirme-t-elle. La chenille, très présente dans le sud-ouest de la province, notamment à Rigaud cette année, se déplace tranquillement vers le nord du Québec, et les premiers individus ont été aperçus à Rivière-du-Loup.

Qui est-elle ?

La chenille spongieuse change d’apparence pendant sa croissance. À sa naissance, la chenille est d’abord noire ou brune. En grandissant, deux bosses de poils noirs se forment de chaque côté de la tête. « Vers le mois de juin et au début juillet, elle va avoir cinq paires de points bleus suivi de six paires de points rouges sur son dos », indique Sandrine Picq. Elle est alors facile à reconnaître. On la trouve principalement au Québec, en Ontario et dans les provinces atlantiques.

1 m2

La spongieuse est une chenille préoccupante puisqu’elle mange, en moyenne, un mètre carré de feuilles à elle seule au cours de sa vie. Elle se nourrit principalement d’arbres feuillus, mais aussi de certains conifères.

« De façon générale, les chenilles vont défolier les arbres au début de l’été et vont se transformer en papillons ensuite. Les arbres vont avoir le temps de faire de nouvelles feuilles et de la photosynthèse pour avoir des réserves pour l’hiver », explique André-Philippe Drapeau Picard, préposé aux renseignements entomologiques à l’Insectarium de Montréal.

Toutefois, si le feuillage est détruit à répétition par les spongieuses, l’arbre risque d’être affaibli ou de mourir. « Si une infestation de chenilles se produit en même temps qu’une sécheresse ou un autre problème de santé chez les arbres, il y a un risque de mortalité », indique M. Drapeau Picard.

Pourquoi sont-elles si nombreuses ?

Le Québec a introduit dans les forêts plusieurs ennemis naturels de la chenille spongieuse, notamment le champignon Entomophaga maimaiga. « C’est un champignon qui va infecter la chenille et elle va mourir et dessécher », explique Mme Picq. Toutefois, pour que le champignon prolifère, il faut des printemps humides et froids. « Or, ça fait plusieurs années qu’on a des printemps plutôt chauds et secs, donc il n’y a pas ce facteur de régulation naturel », indique la spécialiste.

À la fin de l’été, les spongieuses pondent des œufs qui demeureront accrochés aux arbres jusqu’au printemps suivant. « Les hivers froids peuvent tuer certains d’entre eux », soutient Mme Picq. Par contre, les températures clémentes des dernières années, particulièrement dans le sud du Québec, contribuent à leur prolifération.

Leur préférence

La chenille spongieuse mange tout ce qu’elle trouve sur son passage. Elle a été observée sur près de 500 espèces d’arbres, soutient M. Drapeau Picard. Elle a toutefois ses préférées : le chêne rouge, le chêne blanc, le peuplier et le bouleau blanc.

1869

En 1869, un entomologiste français a accidentellement introduit la chenille spongieuse au Massachusetts. Étienne Léopold Trouvelot souhaitait produire de la soie en Amérique du Nord en croisant la chenille spongieuse avec les vers à soie nord-américains. « Certaines chenilles se sont échappées des élevages et se sont retrouvées dans la nature », raconte M. Drapeau Picard. C’est ce qui a contribué à la prolifération de l’espèce dans le nord-est des États-Unis et dans l’est du Canada.

S’en débarrasser

Votre terrain est infesté de spongieuses ? La toile de jute et l’eau savonneuse seront vos alliés.

La chercheuse Sandrine Picq recommande d’enrouler une bande de toile de jute autour du tronc de l’arbre infesté. « Vous allez attacher une ficelle autour de la bande de jute et rabattre la moitié de la toile par-dessus », explique-t-elle.

Les chenilles iront sous la toile pour se protéger du soleil et demeureront prises au piège. En soirée ou pendant la nuit, il suffit de soulever la toile, de ramasser les chenilles et de les jeter dans un seau d’eau savonneuse ou d’eau chaude mélangée avec de l’eau de Javel.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CMDR_HADFIELD

L’astronaute canadien Chris Hadfield a publié une image sur Twitter montrant comment du ruban adhésif gris pouvait être utilisé pour bloquer la progression des chenilles.

À partir de la fin de l’été, des masses d’œufs peuvent être visibles sur les arbres. Les experts recommandent de les décoller et de les plonger dans le seau d’eau savonneuse. Cela permettra de diminuer la population de chenilles l’été suivant.

Prudence

Les poils de la chenille spongieuse peuvent engendrer une irritation cutanée ou des réactions allergiques chez certaines personnes. « Je conseille de mettre des gants et de porter un masque pour les personnes particulièrement sensibles », dit Mme Picq.