La probabilité que la hausse de la température moyenne de la Terre atteigne 1,5 °C d’ici cinq ans augmente, prévient l’Organisation météorologique mondiale. Ce seuil crucial constitue la limite inférieure de l’accord de Paris à ne pas dépasser pour éviter que les effets des changements climatiques deviennent incontrôlables.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Risque doublé

La probabilité que la « température mondiale annuelle moyenne » augmente temporairement de 1,5 °C d’ici 2025 s’élève maintenant à 40 % et ce risque augmente avec le temps, estime l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans un nouveau bulletin sur le climat publié ce jeudi. Cette probabilité a doublé par rapport aux prévisions de l’an dernier, un changement dû à de meilleures données sur la température « plutôt qu’à une évolution brusque des indicateurs climatiques », précise l’institution spécialisée des Nations unies.

Record de chaleur à prévoir

Le risque de fracasser un nouveau record de chaleur est, lui, beaucoup plus grand. L’OMM estime « probable à 90 % qu’au moins une année entre 2021 et 2025 devienne la plus chaude jamais enregistrée et détrône ainsi 2016 ». L’institution rappelle que l’année 2020 a été l’une des trois plus chaudes jamais enregistrées, alors que le mercure mondial a grimpé de 1,2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. La moyenne des cinq prochaines années devrait être supérieure « d’au moins 1 °C » par rapport à l’ère préindustrielle, prévoit l’OMM.

Davantage d’ouragans

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L'ouragan Sally a dévasté le sud des États-Unis en septembre 2020.

L’augmentation des températures provoquera davantage de précipitations dans le Sahel et dans les régions de haute altitude, prévoit l’Organisation météorologique mondiale. Elle entraînera aussi une augmentation du nombre de cyclones tropicaux dans l’Atlantique. Le Centre canadien de prévision des ouragans a d’ailleurs annoncé la semaine dernière s’attendre à une saison des ouragans plus active que la moyenne, en 2021. De façon générale, une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes est à prévoir, indique l’OMM, ce qui aura « des répercussions plus importantes sur la sécurité alimentaire, la santé, l’environnement et le développement durable ».

De plus en plus rapide

Le réchauffement de la planète s’accélère, constate l’Organisation météorologique mondiale, qui prévoit que toutes les régions du monde devraient connaître dans les cinq prochaines années des températures supérieures aux « valeurs récentes » de la période 1981-2010, à l’exception de certaines zones océaniques australes et de l’Atlantique Nord. Dans l’hémisphère Nord, la hausse de la température des grandes surfaces terrestres pourrait être de 0,8 °C par rapport au passé récent. L’Arctique se réchauffe dans une proportion deux fois plus importante que la moyenne mondiale, note aussi l’OMM.

La « limite inférieure » de l’accord de Paris

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Manifestation pour le climat le 9 mai dernier, à Paris

« Cette étude montre, avec une grande fiabilité scientifique, que nous nous rapprochons de manière mesurable et inexorable de la limite inférieure de l’accord de Paris », a déclaré le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Conclu en 2015, cet accord vise à contenir, d’ici la fin du siècle, la hausse de la température mondiale nettement en deçà de 2 °C et le plus près possible de 1,5 °C. Les engagements de la communauté internationale « sont actuellement bien inférieurs à ce qui est nécessaire pour atteindre cet objectif », rappelle l’institution.

S’adapter au climat changeant

Les constats de l’OMM mettent en évidence la nécessité de s’adapter aux changements du climat, affirme M. Taalas. Il insiste notamment sur l’importance des services d’alerte précoce perfectionnés, dont seulement la moitié des pays disposent, pour réduire les impacts négatifs des phénomènes extrêmes. « Nous constatons non seulement que les services d’alerte précoce sont limités, mais aussi que les observations météorologiques présentent de grandes lacunes, en particulier en Afrique et dans les États insulaires », dit-il.

Influence « mineure » de la pandémie

La pandémie et les mesures de confinement qu’elle a entraînées partout dans le monde n’auront pas d’effet significatif sur l’évolution de la température mondiale des prochaines années, indique l’Organisation météorologique mondiale. Cela s’explique par le fait qu’un grand nombre de gaz à effet de serre (GES) ont une durée de vie très longue. La fluctuation des émissions de la dernière année n’aura donc que des répercussions « mineures » sur les concentrations de GES dans l’atmosphère, explique l’OMM.

Comment est calculée la hausse de la température du globe ?

La mesure de la température de la planète est prise « à proximité de la surface », tant sur les terres émergées que sur les océans, explique l’Organisation météorologique mondiale. La moyenne annuelle des températures enregistrées donne donc la « température moyenne mondiale ». Afin de mesurer le réchauffement climatique, cette température est comparée à celle de l’ère préindustrielle, soit la moyenne des températures annuelles de la période de 1850 à 1900.